Zwangere Guy, sauvé par les rimes

Les chroniqueurs de Studio Brussel ont déjà sacré le chanteur empereur du hip-hop bruxellois. Cash et trash! ©Brecht Van Maele

À Bruxelles, le rap se décline aussi en néerlandais. Avec le groupe Stikstof surtout. Le meneur de la bande, Gorik van Oudheusden alias Zwangere Guy, fait des étincelles en solo avec un premier album. "Wie is Guy?" raconte un peu son histoire.

Dans "Gorik part. 1", extrait de ce disque, et surtout dans le clip dingue (sous-titré) qui l’accompagne, il "corrige" ce beau-père violent à cause duquel il décida un jour, encore ado, de s’en aller de chez lui. Zwangere Guy, le gars marrant qui ne tient pas sa langue en poche, s’y fait hardcore. À l’aune de tout ce qu’il a pu éprouver à l’époque, dans la rue, les petits boulots, le travail dans le bâtiment, les cuisines de l’AB… C’est la culture hip-hop qui l’a sauvé. "Le rap, nous reprend-il. Mais la culture hip-hop est dans ma dégaine, dans ma vie, dans mon esprit. Sans le hip-hop, je ne serais pas là où je suis. Tous ces rappeurs, les Nas, Madlib, Kendrick, J Cole, Premier avec Guru de Gangstarr, ils étaient mes thérapeutes, mes psychologues. Ils m’ont beaucoup appris."

©doc

À affûter ses textes, notamment. Il aime la musique depuis toujours mais a déjà 22 ans quand il commence à écrire. "C’est tard hein? Je trouve… Mais ce n’est jamais trop tard!" Il lui aura fallu du temps pour terminer cet album très personnel. D’où son titre. Deux ans. Entrecoupés d’épisodes avec Stikstof à qui l’on doit, en 2018, un "Overlast" qui explose sur la scène rap du plat pays! "Au niveau du flow et du vocabulaire, j’ai beaucoup appris. J’ai grandi. Dans ma tête, j’étais prêt, mais ce n’est pas parce que tu es prêt que tout va venir. J’ai travaillé dur, tous les jours. La nuit aussi. J’ai beaucoup jeté. Avant, j’écrivais et j’étais content. Je suis devenu beaucoup plus exigeant avec mes textes. Je me suis beaucoup parlé, pour chercher ce que je voulais, et je crois que je l’ai trouvé."

Un début du fil rouge, en tout cas: "Attention, je ne suis pas content, hein, pas du tout!" Le disque aura eu l’effet d’un baume? "Ce n’est pas suffisant… J’ai pardonné à ma mère, j’ai accepté ce qui s’est passé. Ce sera toujours une partie de ma vie mais j’avais envie de la partager. Je ne voulais pas rester dans le coin, être la victime."

Zwangere Guy - Gorik pt. 1


Une nouvelle famille

Les mecs de Stikstof, on les retrouve en featuring sur "Wie is Guy?", forcément! Avec eux, c’est un peu comme s’il s’était recréé une nouvelle famille. Choisie. "Je ne l’ai jamais vu comme ça, mais je crois que oui. Ça se voit, je suis toujours avec eux… C’est un peu plus sérieux, et en fin de compte, on s’aime tous très, très fort. Mais quand on voit la connexion entre Peet et moi… Elle est incroyable. Il donne tellement d’amour. J’adore!" Peet? Un tiers du 77, autre formation bruxelloise – francophone – qui fait parler d’elle ces temps-ci. "Pour moi, c’est le prochain plus grand rappeur du pays. S’il travaille bien…"

©Brecht Van Maele

Sur cette scène, il est actuellement plus facile de singer les autres que de s’en démarquer. Zwangere Guy, lui, ne ressemble à personne et ce n’est pas qu’une question de tempérament… détonnant. "Je n’ai jamais essayé de me distinguer. Je fais juste ce que je veux mais je sens que je suis différent. Il n’y a pas de recette pour être mieux ou pour être spécial. Quand tu essaies juste d’être à l’aise avec ce que tu fais, je crois qu’il y a un truc qui se passe autour de toi, qui va créer ta propre identité."

"Je n’ai jamais essayé de me distinguer. Je fais juste ce que je veux mais je sens que je suis différent."
Zwangere Guy
Chanteur

Les chroniqueurs de Studio Brussel l’ont déjà sacré empereur du hip-hop bruxellois. Mais dans cette ville où l’on zwanze encore, où l’on a déjà connu quelques édiles hauts en couleurs et que lui a dans la peau, bourgmestre du rap, ce serait pas mal non plus. Ou, après ses adieux à la scène, bourgmestre tout court? "Si j’entre en politique, on va oublier tout ce que j’ai fait en musique. Et on va juste me voir comme un chanteur qui s’est lancé dans la politique. Regarde Siegfried Bracke qui était un super bon journaliste mais qui a perdu tout crédit depuis… Et je suis beaucoup plus libre dans ce que je fais maintenant."

Concerts: avec Stikstof ce 22/6 à la Fête de la Musique, en solo les 27/6 à Werchter, 28/6 à Couleur Café, 13/7 à Dour et 20/11 au Reflektor, à Liège.

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