À Arles, le monde va à vau-l'eau

Quand on a tout perdu. ©Gideon Mendel / Rencontre D'Arles

La photographie est un œil ouvert sur le monde tel qu’il va. Bien ou mal. Plutôt mal pour le moment, si on en croit le focus "Désordres du monde" que proposent les Rencontres de la photographie d’Arles.

Il y a Mathieu Asselin qui signe une enquête photographique et documentaire sur Monsanto. Il y a Niels Ackermann et Sébastien Gobert qui scrutent Lénine et ses statues déboulonnées, vestiges d’un monde qui n’existe plus. Ces artistes font partie de ce focus "Désordres du monde" et sont rejoints par Gideon Mendel. Ce photographe sud-africain interpelle à travers son exposition tragiquement belle – "Un monde qui se noie".

EXPOSITION

"Un monde qui se noiede Gideon Mendel, Note: 4/5

 

Depuis dix ans, cet artiste de presque 60 ans photographie les lieux frappés par des inondations dramatiques à travers le monde. Son travail est une loupe sensible qui rend tangible une réalité de plus en plus effrayante. Dans la première partie d’expo, on découvre le portrait, tous continents confondus, de gens, pieds, jambes, torse dans l’eau, devant ce qui reste de leur maison. C’est esthétique; on pourrait presque dire "bien fichu". Bustes droits, regards face caméra; lieux et visages se reflètent dans l’eau. La dimension plastique des clichés est bien réelle, ce qui accroît d’autant la gêne que ressent le spectateur.

La seconde partie, logée dans une pièce tout en béton, fait place à une vidéo. L’artiste a filmé sur le vif ces mêmes sinistrés, et on constate avec eux les dégâts après le déluge, pris à la gorge devant leur désespoir d’avoir tout perdu. Ville après ville, continent après continent, en Asie, en Afrique, en Europe, seul, en couple, en famille: personne n’échappe à la révolte du climat. Des bouts de vie flottent dans des eaux rendues troubles par la catastrophe. Caméra muette: on assiste à l’impuissance de la vie face à la force de la nature.

Dans le malheur, n’y a-t-il pas une inégalité flagrante entre les habitants du Nigeria et ceux du Royaume-Uni?

Et de s’interroger sur notre responsabilité dans ces tragédies climatiques. Tout le monde est-il logé à la même enseigne? N’y a-t-il pas une inégalité entre les habitants d’Igbogene (Nigeria) qui reviennent dans leurs murs en jupettes et pantalons trempés et ceux de Staines-upon-Thames (Royaume-Uni), affublés de combinaisons étanches?

Le dernier espace d’exposition présente des agrandissements de photos souillées, retrouvées dans les décombres. Elles traduisent un monde en danger. Un monde vulnérable. Notre monde, qu’il est essentiel de repenser.

"Un monde qui se noie", Jusqu’au 24 septembre. www.rencontres-arles.com

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content