Bibot, Matar, Magritte: le trio gagnant du Musée de la Photo à Charleroi

Marguerite Duras, dans l’émission «L’Air du temps» (1967), singée par Laurence Bibot dans ses capsules Instagram désopilantes (2018). ©Laurence Bibot/Sonuma

Le Musée de la photographie présente trois expos pour le moins contrastées entre les imitations désopilantes de Laurence Bibot, les photos surréalistes de Magritte et, moins drôles mais terriblement touchantes, les clichés de l'Amérique violente par Diana Matar, notre coup de coeur.

Les expositions

♥ ♥ Laurence Bibot - «Studio Madame»

♥ ♥ ♥ ♥ Diana Matar - «My America»

♥ ♥ ♥ «RENÉ MAGRITTE. LES IMAGES RÉVÉLÉES»

Jusqu'au 10/5/20 au Musée de la Photographie de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Avenue Paul Pastur 11, 6032 Charleroi (comment s'y rendre)

1. Laurence Bibot: "Studio Madame"

Le musée de la photographie fait une proposition décalée en invitant Laurence Bibot et ses capsules vidéo "Studio Madame". Depuis quelques années, au départ d’archives télévisées, Laurence Bibot a réalisé une série de petites vidéos s’emparant d’archétypes féminins et destinées jusqu’ici aux réseaux sociaux (ici, son compte Instagram).

Sous le principe du playback, elle reproduit jusque dans les moindres détails le costume, les mimiques et le décor des interviewées, toujours des femmes. Chaque capsule met en évidence, non sans ironie, la manière dont celles-ci sont représentées dans les médias entre 1960 et le début des années 2000. Sommes-nous face à un travail artistique? Quoi qu’il en soit, l’humour caustique de Laurence Bibot nous fait littéralement éclater de rire au beau milieu du musée.

2. Diana Matar: "My America"

Diana Matar - Joseph Weber, "Sunnyvale", California 1987-2015. ©Diana Matar - Joseph Weber

Les 99 photos, carrées pour la plupart, en noir et blanc, qui couvrent à 360° les murs de la salle, peuvent paraître à première vue banales: une route, la façade d’un magasin, un tas de détritus, un parking,… Rien ne semble devoir réunir ces images, mais l’absence totale de figure humaine dans chacune d’entre elles interpelle. La lecture des légendes est glaçante, elle nous fige: composées d’un nom, d’un lieu, d’une date de naissance et de décès. C’est alors que l’ensemble révèle sa cohérence et nous comprenons que, dans chacune des ces images sélectionnées pour l’exposition parmi un ensemble qui en comprend plus de 350, la mort est présente dans chaque cliché.

«J’utilise la photographie pour enregistrer le phénomène constant de la violence policière qui contamine l’Amérique.»
Diana Matar
Photographe

En effet, à la fin de l’année 2015, la photographe Diana Matar compile des informations détaillées sur les endroits aux USA où la police a tué involontairement des civils. Elle consacre ensuite deux années à sillonner les routes pour photographier avec son iPhone la plupart des 2.200 sites où les faits ont eu lieu, sans pour autant livrer des images de scènes de crime.

"My America" est une froide critique de l’Amérique contemporaine. Elle met l’accent sur l’histoire des injustices raciales, tout en soulignant tant la faiblesse de l’instruction que le manque de préparation de la police américaine pour faire face à de telles situations critiques. Un sujet souvent abordé mais bouleversant par la manière dont il est traité ici.

3. "René Magritte. Les images révélées"

Magritte (c) 2019-2020, Charly Herscovici c/o SABAM - Musée de la photographie de Charleroi

Sous le commissariat de Xavier Canonne, l’exposition "René Magritte. Les images révélées", a d’abord été présentée à Melbourne, Hong Kong, Taïwan, Séoul, pour terminer son voyage à Charleroi. Elle présente 131 photographies originales, la plupart prises par René Magritte lui-même et sont issues de trois grandes collections privées. On y retrouve l’album de famille de Magritte avec ses photos d’enfance. On y voit ensuite la famille intellectuelle du peintre, celle qui l’a nourri, le groupe des surréalistes bruxellois qui, dès 1925, accompagnèrent le développement de son œuvre.

L’exposition «René Magritte. Les images révélées», a d’abord été présentée à Melbourne, Hong Kong, Taïwan, Séoul, pour terminer son voyage à Charleroi.

L’exposition présente également un René Magritte cocasse, jouant et s’amusant avec ses complices. On y retrouve enfin les photos qui ont servi de modèles pour ses peintures.

Ponctuée d’extraits de films, l’exposition lève aussi le voile sur l’influence du cinéma sur l’artiste et présente un chapitre reprenant ses films d’amateur, dans lesquels il se met en scène avec ses complices.

René Magritte - surrealistic home movie

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