Dans la peau des marbres

©Editions 5 continents

Ce livre est le voyage visuel d’un photographe et le fruit de cinq années de travail avec le Musée archéologique national de Naples, au contact de la collection Farnèse. Note: 5/5

Précédemment invité à participer comme photographe à l’élaboration des catalogues raisonnés du musée, Luigi Spina a vu peu à peu naître l’envie de ces photos personnelles et de ce volume.

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Soutenu par Stefano di Caro, superintendant du Musée national de Naples, il a passé des journées entières dans des salles fermées au public qu’il a transformées en studio. Ils ont travaillé à trois: avec son épouse et Davide Esposito, assistant technique du musée depuis 1978, alors retraité, sollicité parce qu’il était le seul à savoir comment manipuler et transporter ces marbres colossaux (les plus grands mesurent 2,50 m et pèsent plus d’un quintal).

Déplacées de leur salle d’exposition au moyen de grues et de cordes, les sculptures étaient dressées sur un piédestal équipé de roues. La prise de vue s’effectuait autour de ce piédestal. "Le soir, confesse Luigi Spina, nous laissions la sculpture sur son piédestal, afin de poursuivre la prise de vue le lendemain. Mais nous redoutions qu’il lui soit arrivé malheur à notre retour dans la salle!"

En regardant ces corps, ces hanches, cette peau, c’est un autre temps que tu as le privilège de regarder.
Luigi Spina
Photographe

Pour lui, c’est "l’identité méridionale" qui s’exprime dans ces collections. "Dans la position des lèvres, la courbe d’une cuisse, c’est une manière de concevoir la vie qui s’exprime. En regardant ces corps, ces hanches, cette peau, c’est un autre temps que tu as le privilège de regarder. En un sens, les muscles d’Hercule ou les seins d’Aphrodite nous accompagnent depuis des siècles." Il a aussi tenu à montrer le travail, la présence des employés muséaux qui ont travaillé aux côtés de ces marbres. En somme, il a aussi voulu faire une œuvre anthropologique.

Les prises de vues ont été réalisées avec une chambre Sinar Arcaswiss montée d’un objectif 210 mm, sur du film au format 10x12. Les films ont été développés par ses soins, et il a assuré aussi les tirages (les plus grands mesurent 1 m par 1,50 m). "Le film offre une palette de tonalités plus riche que le numérique", souligne Spina. Eric Ghysels, l’éditeur: "Avoir le photographe avec soi est capital, car imprimer du noir et blanc est très difficile. Lors du passage du papier photo à l’impression typographique, il y a toujours une perte: choisir ce qu’on va perdre ou préserver est délicat."

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Au total, au terme de neuf ans de travail, il aura photographié 300 sculptures et tiré 3.000 photos. Ces tirages sont vendus de 2.500 à 4.500 euros.

"Des jours et des mythes: marbres sculptés de la collection Farnèse" - Luigi Spena 5 Continents Editions, 59 euros.

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