Eva Vermandel, des stars à la photo d'art

Troublant clair-obscur dans "Highgate Woods" (2014). ©Eva Vermandel

La photographe flamande Eva Vermandel a tiré le portrait de tout le show-biz londonien. Mais c'est en artiste qu'elle s'expose à Anvers. Une photographie dans la tradition picturale et un univers fantastique et troublant.

L’image de cet arbre est saisissante, fantomatique dans la nuit, le tronc tourmenté et la cime hors-champ. Même vue de près, cette œuvre de l’artiste flamande Eva Vermandel tient plus de la peinture que de la photographie. Une ambiguïté qui est sa marque de fabrique et que l’on retrouve dans les 15 autres photographies présentées à la galerie Rossaert, à Anvers.

Eva Vermandel ©Emy Elleboog

L’arbre solitaire du parc Highgate Wood, à Londres, cristallise plusieurs facettes de la vie de l’artiste: sa passion pour la Grande-Bretagne, son amour de la musique et sa mue, de photographe de stars à la photographie d’art. À 44 ans, Eva Vermandel n’est pas peu fière que le pape anglais de l’électro, Matthew Herbert, ait précisément choisi cette photo pour illustrer la pochette de son album sur le Brexit, qui sortira le 29 mars, le jour où la deuxième patrie d’Eva Vermandel devrait quitter officiellement l’Union européenne.

En 1996, elle n’a que 22 ans lorsqu’elle s’installe à Londres. Ses portraits de stars de la musique et du cinéma ont été publiés dans la plupart des grands magazines et journaux britanniques. Willem Dafoe, PJ Harvey, Tom Waits, Nick Cave: tous ont défilé devant son objectif. Mais au fil du temps, elle a pris conscience que ces "missions" entravaient de plus en plus son expression personnelle. Elle a donc cherché ailleurs la profondeur qu’elle ne parvenait pas à trouver dans son travail.

"Nous vivons dans un monde qui attend que nous réduisions la vérité à une seule et même signification, alors que la vie est en réalité pleine d’ambivalence."

Elle a commencé par prendre des clichés de scènes qui s’offraient à elle: des paysages tranquilles, des visages amis auxquels elle instille un trouble qui les rend extraordinaire. "Je ne veux pas prendre le risque de trahir mon travail, explique-t-elle, mais je recherche souvent un ancrage et une ambivalence entre quiétude et inquiétude. Cela peut sembler contradictoire, mais nous vivons dans un monde qui attend que nous réduisions la vérité à une seule et même signification, alors que la vie est en réalité pleine d’ambivalence."

Intuition

Pour résoudre cette apparente contradiction, Eva Vermandel mobilise son intuition. Une étincelle qui peut jaillir à tout moment, au cours d’une promenade dans un parc au crépuscule ou au réveil, dans un lit inconnu. Mais sa vision est presque toujours duale. L’une des plus belles photos de la série a été prise lors d’un week-end entre amis, dans les Ardennes. Un adolescent est assis sur une chaise, des branches pointues entre les doigts de la main gauche. Il regarde devant lui tandis que la lumière du jour pénètre discrètement dans la pénombre de la pièce.

"The Trespasser"

Note: 4/5

Jusqu’au 10/2, galerie Rossaert, Nosestraat 7, 2000 Anvers: www.dieplek.com

15 photographies d’Eva Vermandel. Kaat Dejonghe (Die Plek), commissaire.

Est-il triste, fâché ou rêveur? Les choses se révèlent rarement au premier coup d’œil. Ce qui à première vue ressemble à un tronc d’homme enveloppé d’un bas résille n’est en fait qu’un morceau de viande trouvé dans une rue à Paris. Une esthétisation maximale.

Poésie visuelle

Le Quartier des Marins (schipperskwartier), à Anvers, où l’artiste expose est tout aussi insolite que ses photos "picturales". Pendant plus d’un siècle, Rossaert fut le chapelier le plus connu de la métropole. Les matelots y faisaient leurs emplettes, mais aussi les artistes comme Panamarenko, qui y avait déniché le "casque" militaire de l’uniforme qu’il portait à ses débuts, ou Luc Tuymans, acquéreur d’une vareuse d’officier de Marine. Dans les années 1990, l’artiste Ronny Van de Velde a fait restaurer ce petit immeuble pour y organiser des expositions alternatives. Die Plek, la nouvelle plate-forme de la commissaire Kaat Dejonghe, soutient notamment la photographie d’art et ouvre logiquement ses cimaises à l’introspection artistique d’Eva Vermandel.

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