Images sanctuaires

©Michel Eisenlohr

Les textes de cet ouvrage de photos proposent une information concise, tour à tour archéologique, juridique, politique et muséographique. 4/5

Roland Barthes rappelait que la cible d’une photo a été vivante, qu’elle est à la fois morte et immortalisée. La Syrie, l’un des berceaux de notre civilisation, compte trois villes qui sont des livres ouverts sur notre passé et des signes tourmentés de notre présent: Palmyre, Alep et Damas. La première, cité antique en plein désert, millénaire et fragile, est habitée par des bergers et des enfants. "Le voyageur qui, venant de Damas, approchait de Palmyre, voyait apparaître, émerveillé, telle un mirage, la muraille immense d’une palmeraie verdoyante d’où émergeaient des colonnades blanches d’une rare élégance." Cette vision digne de la Bible et de Borgès coexiste avec les crimes d’ignorance des groupes islamistes.

C’est le mérite de cet ouvrage de souligner que la Cour pénale internationale de la Haye a qualifié de "crime contre l’humanité" la destruction de sites qui portent la trace immémoriale du sacré, comme les mausolées de Tombouctou, au Mali. À la fois morts et vivants, ces lieux doivent être préservés autant que les humains. Les images de Michel Eisenlohr offrent un regard presque documentaire, qui privilégient le travail des gris plutôt que l’incandescence des contrastes du regretté Koldo Chamorro qui, dans une autre terre solaire, allait chercher des noirs et blancs extrêmes. Eisenlohr compose, avec un œil d’architecte, des photos de ces lieux où, soudain, la vie ordinaire vient s’inscrire, avec un homme qui marche, un camion qui roule, un enfant qui cherche.

©Michel Eisenlohr

Les visions d’Alep, où se mêlent les édifices antiques ou médiévaux et les poteaux électriques, les enfants manutentionnaires du bazar, et celles des "villes mortes", vision irréelle du Krach des chevaliers, et celle de la mosquée des Omeyyades, où les enfants et les oiseaux partagent la même légèreté, sont parmi les plus captivantes.

©Michel Eisenlohr

Les textes de l’ouvrage proposent une information concise, tour à tour archéologique, juridique, politique, muséographique, sous les plumes de Philippe Bélaval (Monuments nationaux français), Pierre Gros (successeur de Jacqueline de Romilly à l’Académie des inscriptions) ou du photographe.

Le livre se clôt sur un titre en forme de devise: "Se relever de ses ruines."

Expo "De Palmyre à Glanum", Hôtel de Sade (Saint-Rémy-de-Provence). Jusqu’au 17 septembre.
Photo "Images de Syries, Palmyre, Alep, Daas", Actes Sud

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