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La galerie d'art immatérielle

Les artistes que Marie Gomis-Trézise expose sont essentiellement photographes et ils partagent presque tous leur appartenance à la diaspora noire. ©Johan F. Hel Guedj

À une semaine de l’ouverture d’Art Brussels, qui fêtera ses 50 ans, quatre galeristes révèlent les orientations des galeries d’art à Bruxelles. Lise Coirier pour Spazio Nobile, le design de la mer du Nord, de la Suède à la Flandre.

Aune semaine de l’ouverture d’Art Brussels, qui fêtera ses 50 ans, quatre galeristes révèlent les orientations des galeries d’art à Bruxelles. Française du Sénégal, Marie Gomis-Trézise a créé une galerie immatérielle.

Née à Marseille de parents sénégalais, Marie Gomis-Trézise a mené une première carrière fructueuse de directrice artistique pour des labels musicaux, en France et au Royaume-Uni, notamment chez BMG et Columbia Records, développant des projets musicaux et l’image des artistes. Chercheuse de talents, elle a fini par décliner cette formule ("l’image des artistes") en un autre sens et dans un autre registre. C’est ainsi qu’elle a créé voici 18 mois la plus jeune des galeries de notre série: Number8. Sa singularité? Elle est la seule à n’avoir pas de lieu physique d’exposition. Pourquoi ce nom? Elle propose des éditions de huit œuvres, le huit est son chiffre préféré, de bon augure en Asie et, coïncidence, elle défend à ce jour huit artistes – chiffre appelé à croître.

Le noir est une couleur riche

Qui sont-ils? Essentiellement photographes, ils partagent presque tous leur appartenance à la diaspora noire. L’Austro-Nigérian David Uzochukwu vit entre Vienne et Bruxelles, la franco togolaise Djeneba Aduayom à Los Angeles, Abdou Ouloguem, acteur malien formé par Peter Brooks, à Bamako, le Guyanais britannique Ivan Forde est basé à New York, dans Harlem, et la Franco-Algérienne Samia Zadi est marseillaise.

"Mon savoir-faire de chercheuse de talents a attiré l’attention de maisons de production parisiennes."
Marie Gomis-Trésize

Ouverte, Marie réunit aussi Joe Penney, ancien journaliste américain, et l’Espagnol Héctor Mediavilla. Si sa pêche est virtuelle, en ligne, dans sa galaxie de poche, coïncidences humaines et heureux incidents ne sont pas rares: ayant repéré la photographe Samia Zadi sur Instagram, entrée en contact avec elle, elle s’aperçoit qu’elles ont grandi dans la même cité Campagne-Lévêque, quartier nord de Marseille, et que la tante de la première habite au-dessus de la mère de la seconde.

Autre croisement numérique, avec le photographe David Uzochukwu, météorite de 19 ans: la fille de Marie remarque son compte Flickr en 2015. Aussitôt, elle l’approche, convaincue qu’un tel talent aura déjà une galerie. "Il m’a répondu après plusieurs mois, parce qu’il révisait son bac blanc… J’ai rencontré sa mère, nous étions voisines. C’était en mars 2016, il avait un agent, mais pas de galerie, et pas encore créé ses campagnes pour Nike et Dior." Ils projettent ensemble un livre autoédité, distribué par Number8.

Enfin, son mari, Guy Trézise, lui-même manager du groupe Little Wagon, recherchait un styliste: elle l’a orienté vers Ibrahim "IB" Kamarra, photographe de mode, élève de Central Saint Martins de Londres (d’où est sorti John Galliano) qui réfléchit sur la masculinité et l’identité noire.

Boucles et croisements

Elle écume l’espace virtuel en misant sur des plateformes comme Artspur ou Artsy. Les statistiques de sa page lui montrent que sa fréquentation augmente, "une croissance qui m’a ouvert une porte vers l’Amérique". Internet offre une interaction avec des collectionneurs auparavant inaccessibles depuis la Belgique. Aujourd’hui, 60 à 70% de ses clients sont en France, 10% en Belgique, qui, pour la photo, est encore un terrain en friche, où les amateurs sont plus rares, et le reste se partage entre USA, Pays-Bas et Allemagne. Elle tamise et supprime certains sites de faible apport, et va lancer une réflexion sur sa communication digitale, afin de l’élargir à plusieurs supports.

Son modèle économique "light" est un peu différent de celui des galeries traditionnelles: travaillant avec des artistes émergents, le partage des rôles change. Elle s’implique dans la production des œuvres. "Si je vends une photo 1.000 euros, 300 euros sont consacrés à sa production et mon bénéfice est de 150 euros."

Aujourd’hui, sa trajectoire boucle une boucle. "Mon savoir-faire de chercheuse de talents pour Number8 a attiré l’attention de maisons de production parisiennes, qui cherchent elles-mêmes des talents." Ainsi, l’agence parisienne Handsome, qui produit des vidéos de musique et des spots de pub, a fait appel à elle. Inversement, "l’un de mes anciens boss de l’industrie de la musique m’a fait le plaisir d’acheter une photo d’un de mes artistes. Je ne vais que vers les gens qui m’intéressent et me plaisent et, si j’avais un lieu physique, je ferais le même choix". De plus en plus mobile, elle songe à collaborer avec des galeries en Angleterre et en Afrique noire, prendra part à Dak’art OFF, le site officiel périphérique de la grande biennale du continent africain.

Number8 (www.galerienumber8.com) et Dark’art OFF (www.biennaledakar.org), du 3 mai au 6 juin.

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