Martine Franck, ou le portrait sans artifice

"Le peintre Balthus avec son chat Mitsuko", Grand Chalet de Rossinière, Suisse, 1999, par la photographe Martine Franck. ©©Martine Franck / Magnum Photos

La Fondation Henri Cartier-Bresson consacre, en une trentaine de photos, un hommage à l’art du portrait chez Martine Franck. Une impeccable leçon d’authenticité.

Martine Franck (1938-2012) est une photographe belge née à Anvers. Elle a étudié l’histoire de l’art. En 1970, elle épouse le photographe Henri Cartier-Bresson. La même année, elle intègre l’agence VU puis sera, en 1972, la cofondatrice de l’agence Viva. Associée à l’agence Magnum Photos, elle en devient membre en 1983. En 2003 elle fonde, avec son mari, l’agence HCB.

Cette photographe habituée des lointains – c’est lors d’un voyage en Orient, en 1963, qu’elle découvre la photographie – devient rapidement une artiste engagée, qu’il s’agisse de la cause tibétaine ou du droit des femmes. Elle sera très active dans les milieux du spectacle en devenant notamment, jusqu’à la fin, la photographe officielle de la troupe d’Ariane Mnouchkine. Ses portraits traduisent ses multiples voyages et engagements mais surtout, dans la série ici présentée, sa fréquentation régulière et familière avec les artistes.

"Le modèle ne parle pas"

Le portrait est un genre qu’elle aborde avec profondeur et simplicité, ainsi qu’en témoigne le poète Yves Bonnefoy: "Martine Franck, je la revois maintenant un après-midi d’été aux abords déserts d’un petit bourg de Provence. Brusquement elle avait surgi, son appareil photographique à la main, de sous le rideau de cette lumière". Et la photo du poète s’impose alors comme d’elle-même, sans recherche d’artifice.

Chez Martine Franck, les mains sont aussi importantes que le visage. Pas de gros plans, pas de dramatisation ni d’effet spectaculaire dans ses photos.

Elle qui se disait passionnée par le portrait n’est pas portée vers le studio. Ses portraits sont pris généralement en intérieur, au domicile de ses modèles ou dans leur atelier d’artiste, parfois en extérieur. Elle ne cherche pas à faire poser ses sujets qui sont, la plupart du temps, des femmes ou des hommes d’âge mûr – la question du temps qui passe est fort présente. Et les mains sont aussi importantes que le visage. Pas de gros plans, pas de dramatisation ni d’effet spectaculaire dans ses photos qui attendent ce moment où, comme elle le dira, " le modèle ne parle pas ".

La cinéaste française Agnès Varda au Moulin d'Andé, par Martine Franck. ©©Martine Franck / Magnum Photos

De même, elle privilégie systématiquement la lumière naturelle, aimant le clair-obscur. Si certaines photos sont réduites à l’essentiel du portrait, sans construction particulière de l’image, d’autres au contraire combinent à merveille composition et modèle, introduisant parfois un élément familier cher à ce dernier. Chez elle, tout est affaire de tact, de respect, de pudeur et d’échange, d’empathie et de bienveillance. Un face à face avec l’authenticité.

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Commissaire: Agnès Sire

"Martine Franck. Face à face", Fondation HCB, Jusqu’au 23 août 2020. Site internet: www.henricartierbresson.org

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