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"Mirror of Self" au Hangar: miroirs de nous tous

Omar Victor Diop, "Allegoria 6", tirée de la série "Allegoria". © Omar Victor Diop, Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris, 2021 .jpg ©Omar Victor Diop, Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris, 2021

Pour sa 7e saison, le Hangar, épicentre de la photographie d’Ixelles, sonde les profondeurs de l’autoportrait. Des images qui s’adressent à nous avec jubilation.

Le suaire de Turin était censé porter la trace du visage du Christ, «imprimée» dans un linceul qui devint au XIXe siècle l’artefact le plus étudié de l’histoire. Si le genre de l’autoportrait semble dater de la Renaissance, «l’affaire du suaire» montre qu’il a existé antérieurement, toujours assorti d’un caractère rituel d’apprentissage. Clairement, à l’époque moderne, ce rite de l’autoportrait est devenu un apprentissage de soi.

Pour son exposition «Mirror of Self», le Hangar s’inscrit dans deux rituels: ses expositions thématiques (c’est la 7e saison), et un appel à projet. En effet, sur les 23 artistes (dont 16 femmes), six ont répondu à cet appel, et plusieurs propositions sont nées de la vaste introspection forcée à laquelle nous ont contraint les mesures covidiennes. Nombre de plasticiens, on le sait, ont ouvert là des fenêtres durables sur leur intérieur et leur extérieur.

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Clairement, à l’époque moderne, ce rite de l’autoportrait est devenu un apprentissage de soi.

L’autoportrait est somme toute un genre très littéraire, qui conjugue la fiction, l’autofiction, voire la docufiction, et les frontières sont poreuses. Quatre femmes remarquables s’y distinguent. Leur travail touche à l’enveloppe corporelle, à ses limites et à leur franchissement.

Laura Hospes, "Kneading II" tiré de la série "Series of conversations", en cours depuis 2018. ©Laura Hospes, courtesy LANGart, Amsterdam

Autoportrait des corps

L’envoûtante installation holographique de la Hollandaise Laura Hospes, «No man’s land», est un autoportrait du corps, où «la peau est co-auteure de son œuvre». Son corps (filmé), couvert de plâtre, se libère peu à peu de cette gangue, et les miettes de plâtres (matériel) s’amoncellent aux pieds du corps fictif: ainsi, l’image accouche du réel. Ce corps translucide va de pair avec des tirages noir et blanc grand format où la peau est pétrie, nouée, déformée, transfigurée. La photographe le dit clairement, «lorsque je me concentre sur ma position corporelle, je néglige mon bien-être psychique». Et l’installation porte un titre qui revêt un sens multiple: le no man’s land est bien ici un territoire sans homme, occupé par la silhouette d’une femme nue.

Romy Berger, "Photogram", tiré de la série "Corporis Antrum", 2021. ©Romy Berger, courtesy of the artist

Projections du moi

Les visions de la Française Romy Berger (qui vit à Bruxelles) plongent au-delà de la peau dans des profondeurs organiques. Cette plongée la conduit à des images mentales de soi, des projections du moi au bord de l’effacement nocturne qui sont autant d’échographies, le réel devenant un bain de révélateur, au sens photographique. Là aussi, le titre de la série, «Corporis Antrum», est éloquent: c’est dans l’antre corporel que le regard s’égare avec joie.

Annegret Soltau, tiré de la série "Father Search", 2003 - 2007.

L’Allemande Annegret Soltau, fille naturelle née de la liaison de sa mère avec un officier, place sa naissance – et notre regard – en suspension. Sa série d’autoportraits, «Father Search», présente son visage évidé, cousu d’en-têtes de courriers et de sous-images souvenirs. L’ensemble trace un chemin suspendu, au sens propre, comme une série de voiles qui pourrait se poursuivre à perte de vue.

"Je détestais mon apparence mais moi aussi, je pouvais incarner la beauté. J’ai appris qu’au fond de moi, je suis vous."

Mari Katayama
Photographe

Enfin, avec «Possession», la Japonaise Mari Katayama livre non ce qui est effacé, mais ce qui lui a été retiré: à cause d’une maladie congénitale, elle a été amputée des jambes à 9 ans. Elle met en scène son corps et ce qui l’entoure à travers des prolongements et appendices qui abusent l’œil: cette poupée, cette manche, lui appartiennent-elles où sont-ils hors d’elle? «Je détestais mon apparence, mais moi aussi, je pouvais incarner la beauté. J’ai appris qu’au fond de moi, je suis vous». Quelle plus belle définition de l’autoportrait?

Mari Katayama, "Possession #2355", tiré de la série "Possession", 2022.

PHOTO

"Mirror of Self"

Jusqu'au 25 mars 2023

Hangar Photo Art Center

18 Place du Châtelain, 1050 Bruxelles

Note de L'Echo:

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