Peintre de la Terre

©Yann Arthus-Bertrand

Arthus-Bertrand est un personnage solide, débordant d'énergie et d'appétits, qui empoigne son interlocuteur par l'épaule, comme pour l'emmener faire le tour de la planète. Et pourtant, la puissance de ses images se manifeste en douceur.

Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, explorateur des êtres, un peu partout dans le monde. Du haut de la montgolfière qu’il pilotait voici 30 ans ou, aujourd’hui, assis au bord du vide dans un hélicoptère, voilà des années qu’il regarde la Terre depuis le ciel. Vue d’aussi loin, notre planète paraît immense, puissante et fragile. Elle déploie une infinité de reliefs et de couleurs, de plis et de replis. Avec ce recul, elle paraît inhabitée, uniquement peuplée de montagnes, de plaines, de cours d’eau, de forêts. Un œil attentif décèlera ici ou là une parcelle de présence humaine, bateau, camion, édifice, perdus au milieu de nulle part. À cette distance, notre Terre devient abstraite, ses contours évoquent un dessin colossal. Et, face à ces figures gigantesques, on s’interroge: "qui a tracé ces lignes, qui a mélangé ces couleurs? Arthus-Bertrand? La Terre?" En fait, les deux se sont concertés, consultés: "un homme minuscule, satellite vivant, perché là-haut dans le ciel", a patiemment regardé "sa planète qui gravite dans l’espace".

©Yann Arthus-Bertrand

Ces visions sont troublantes, touchantes, bouleversantes: ici, l’objectif cesse d’être objectif, pour devenir éminemment subjectif: il se fait pinceau, le pinceau de Gulliver. Le photographe s’est mué en peintre, la photo est devenue tableau. Et ce regard si lointain est aussi très proche.

L’empreinte de la Terre

©Yann Arthus-Bertrand

Arthus-Bertrand, "YAB" en langage codé, est un personnage solide, débordant d’énergie et d’appétits, qui empoigne son interlocuteur par l’épaule, comme pour l’emmener aussitôt faire le tour de la planète. Et pourtant, la puissance de ses images se manifeste en douceur. La finesse des lignes enveloppe des couleurs translucides. Le papier photographique traduit à merveille cette force et cette fragilité dont il est imprégné. Les plissements et les arabesques terrestres se déploient comme les plis et les replis d’un lit gigantesque: notre berceau, la Terre.

Par un processus de maturation, ces photos (très) graphiques dessinent des formes tour à tour dépouillées, complexes ou d’une ampleur lumineuse. En partageant son regard, couché sur le papier photographique, Yann Arthus-Bertrand nous révèle l’art qui est au cœur de la Terre. La galerie LMS l’écrit en toutes lettres, jouant ici sur le titre, en anglais: "Earth is Art". Elle pousse même le jeu de mots, nullement gratuit, plutôt pertinent, jusqu’à souligner qu’Arthus-Bertrand a pris cette fois le temps de regarder la Terre avec art – un art qui est inscrit dans son nom.

"Earth is art"

Yann Arthus-Bertrand. Jusqu'au 15/4, LMS Gallery, 335 avenue Louise, 1050 Ixelles. Note: 3/5
Trois formats, signés, de 2.500 à 5.200 EUR

Ces tirages barytés dans leur cadre de bois blanc, proposés en trois formats, à des prix somme toute accessibles, ne sont pas à couper le souffle. Ils vont plus loin: ils parlent en silence, ils envoûtent et ils apaisent. Comme notre Terre.

"Earth is art", Yann Arthus-Bertrand. Jusqu’au 15/4, LMS Gallery, 335 avenue Louise, 1050 Ixelles. Note: 3/5. Trois formats, signés, de 2.500 à 5.200 EUR

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