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Photo Brussels Festival: "La vie rêvée des arbres"

"Variations of old tijkko", Nicolai Howalt, galerie Nikolaj. ©David Stjernholm

Photo Brussels Festival réussit, pour sa 6ᵉ édition, le tour de force d'une exposition onirique autour d'un thème austère: l'arbre.

Depuis "La vie secrète des arbres", du forestier allemand Peter Wohlleben, nous savons que les arbres sont des êtres sociaux. Leur réseau radiculaire, baptisé Wood Wide Web, leur permet d’échanger des nutriments, de soigner les malades, de renforcer les faibles, de s'avertir des dangers.

L'arbre, sa famille et ses individus, attirent le photographe depuis des lustres, ainsi que le rappelle le rieur Christian Caujolle, critique et commissaire, depuis "les sous-bois magiques près de Montmirail" vus par le Parisien Henri Le Secq des Tournelles vers 1840. Parfois, celui qui récolte des images sème aussi les graines de ces grands corps végétaux: Sebastião Salgado a replanté 2 millions d'arbres en vingt ans dans la ferme familiale de Bulcao, au sud-est du Brésil.

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Comme l'humain, l'arbre est individu et masse, sujet isolé et forêt. Nous sommes invités au Hangar à regarder l'une des entités vivantes les plus anciennes de notre planète. Et à voir ces photographies se répondre comme leurs modèles du Wood Wide Web.

"In the shadow of trees", forme le tronc central du Photo Brussels Festival qui se ramifie à 37 galeries partenaires.

"In the shadow of trees", forme le tronc central du Photo Brussels Festival qui se ramifie à 37 galeries partenaires, cultive avec brio et sensibilité l'analogie entre la vie réelle, étudiée par la science, des arbres qui communiquent par leurs racines et leurs branches, et leur vie rêvée, observée avec vingt-deux travaux photographiques qui, du photoréalisme le plus documentaire à l'onirisme le plus aérien, nous conduisent sous l'écorce de nos grands frères végétaux.

Trop grand pour l'objectif

La COP 26 (Glasgow, novembre 2021) veut stopper la déforestation d'ici 2030. Pourtant, cette exigence apparaît en recul sur celle de la Déclaration de New York en 2014. La réalité nous rappelle cette vérité: l'arbre est trop grand pour nos objectifs (écologiques). C'est aussi ce que nous dit "In the shadow of trees": l'arbre déborde l'objectif (photographique). Il faut donc trouver toutes sortes de stratégies-stratagèmes pour le faire entrer dans le cadre (ou l'en faire sortir).

La réalité nous rappelle cette vérité: l'arbre est trop grand pour nos objectifs (écologiques).

Cette exposition encyclopédique commence par une première dimension de l'arbre photographique: le portrait. Ce sont d'abord les portraits morcelés du Sud-Coréen Kim Jungman. Ces tirages sur papier de riz, aussi légers qu'imposants, caressent des arbres fragmentés d'une ruelle de Séoul, végétaux négligés par la cité et ses citadins, qui deviennent une cohorte d'individus "flexibles et enracinés". Le Coréen restitue à ces arbres délaissés une vie de corps et de membres. Le mouvement penché de son "Walking Humanist" possède la grâce magistrale d'une sculpture et ses écorces et feuillages sont si présents qu'on y entend bruisser le vent.

Arbres anthropomorphes

D'autres arbres anthropomorphes se retrouvent dans la série monumentale de Beth Moon, vieux sages aux racines et aux branches plongeant dans des temps bibliques. Souvent, la photographe campe dessous et leur âge millénaire lui inspire un "impératif de lenteur" qu'elle traduit par la technique la plus lente qui soit, le procédé platine-palladium.

Avec "Résurgence", le Français Mustapha Zeroual décline cet art du portrait en mêlant le procédé ancien de la gomme bichromatée à la numérisation: repliés en origami, ses arbres sont des objets hybrides, emboîtés.

L'arbre appelle aussi la lutte. Avec les portraits de "Seeds of resistance", l'Uruguayen Pablo Albarenga couche en image le lien ancestral, viscéral qui unit à leur terre 14 hommes et femmes d'Équateur, de Colombie et d'ailleurs. "Les éleveurs pensent que la solution est de nous enterrer, mais ils n'ont pas compris que nous sommes les graines." Et ces graines humaines sont allongées sur des lits de feuilles et de branches, au pied des arbres, leur terre les enveloppant comme un berceau.

Forêt primaire et arbre-récit

La forêt primaire de Persijn Brozrsen et Margit Lukáks ("Forest on Location") est celle de Białowieża, l'un des plus anciens parcs naturels d'Europe. La noblesse polonaise y chassait et l'associait à des mythologies sylvestres. Leur procédé photogrammétrique recompose en trois dimensions des images de la forêt qu'ils font basculer dans un espace virtuel et mouvant, et leur forêt possède l'inquiétante familiarité de ce que nous voyons quand nous dormons.

À la frontière de l'irréalité, le Norvégien Terje Abusdal, ancien élève de la Cambre, nous invite à regarder l'arbre entre le récit et le mythe. Il est allé à la rencontre des "Forest Finns" (les Finnois de la forêt), minorité nationale dont le territoire enjambe la Suède et la Norvège. Avec sa série "Slash & Burn" (tailler & brûler), il engendre des récits dignes de chefs d'œuvre comme "Le Sacrifice" de Tarkovski ou le conte initiatique de "Midsommar", comme cette image intitulée "Grue Finnskog" (2016), et son feu de feuillages, tournoyant et suspendu, une déclinaison du buisson ardent.

L'un des dialogues les plus attachants entre le photographe et l’arbre nous est confié par le Chinois Yutao Gao, résident à Düsseldorf et lauréat du Prize, l'appel à projet du Hangar. Le récit de sa démarche ("Peach Blossoms Beam") se lit comme un conte de la lune vague après la pluie. "Après le décès de son grand-père, Yutao Gao est monté au sommet d'une montagne sur laquelle se trouvait un pêcher. Endeuillé, sa rencontre avec l'arbre est marquée par la fin de la vie. Il décide alors, à la manière d'un rituel, de scanner les branches de l’arbre […], comme s'il 'coiffait l'arbre à l’aide d'un peigne brillant'." Ce geste incarne selon lui "le temps qui passe". La longue feuille noire où s'inscrivent les branches tremblées du pêcher, comme un tracé de sismographe, s'étale au sol de la salle comme une chevelure. Et "l'arbre ne ressemble à rien sur terre. Il est clair et brumeux comme des souvenirs."

Photographie

"In the shadow of trees"

Au Hangar dans le cadre du Photo Brussels Festival, avec 37 galeries partenaires.

Place du Châtelain 18, 1050 Ixelles. Du 21 janvier au 26 mars 2022. Entrée 7 euros. -13 ans: gratuit. -25 ans, +65 ans: 5 euros.

Programmation et horaires sur le site du Hangar

Note de L'Echo:

Festival Tour

Photo Brussels Festival n°6 forme un parcours de 37 galeries qui sont autant de branches d’exploration.

Chez Contretype, le Bruxellois Lucas Leffler ("Sludge, Steel and silver"), observe la souillure de la rivière Grensbeek par l'usine de films Gevaert, et Cyril Albrecht, avec son "Empire hydraulique", photographie une entreprise pharaonique dans une douzaine d’États américains. www.contretype.org.

Helen Levitt, pionnière de la photographie, de rue offre une plongée dans la trame américaine avec "One, Two, Three, More" à la Fondation A. Stichting. www.fondationastichting.com.

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"Les forêts pensives" de "Promontoires du silence" de Didier Goupy évoquent un day for night (ou nuit américaine) forestier. www.mhaata.com.

Les tensions corporelles poignantes de Quentin Yvelin, ("Le souffle court (et les larmes se taisent)") et "La Géographie Sauvage" de Pauline Caplet, autoportrait d'une "autobiographie qui ne se terminera jamais" sont chez www.enfantsauvagebxl.com.

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