PhotoBrussels Festival | À la fenêtre de notre monde

Lucile Boiron, "Mise en pieces 25".

Fenêtre sur le monde, la photographie est comme rarement, avec les fruits très riches présentés au Hangar, un rite de passage entre nos extérieurs et nos intérieurs, assorti d’un parcours de 42 galeries partenaires.

En 5 ans, le Hangar s’est imposé sur la scène photographique bruxelloise, avec un écho international que signalent des parutions dans la presse étrangère. Rompant avec leur série thématique des quatre premières années face à la crise qui nous emporte et nous traverse, Rodolphe de Spoelberch, fondateur, et Delphine Dumont, directrice, ont permis à 27 photographes d’interpréter les privations de liberté qui, depuis un an, porte désormais plusieurs noms dans notre nouvel imaginaire covidien: confinement, quarantaine, septaine, couvre-feu… Ce vocabulaire médical et guerrier renvoie effectivement à l’univers carcéral, à l’interdiction d’entrer ou de sortir, mais aussi, comme le rappelle Christian Caujolle, commissaire de l’exposition, à l’univers nucléaire (nous sommes protégés de nos centrales par des enceintes de confinement, comme celle qui isole la centrale de Tchernobyl).

Exposition

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

à Hangar, Bruxelles,

jusqu’au 27 mars 2021.

Dans ce contexte radioactif, le Hangar a donc convié des centaines d’artistes européens à cette mission intitulée "The World Within", en misant sur l’idée que confinement pouvait rimer avec une "résilience créatrice". Les 27 photographes retenus sur 500 livrent ici les images de leur enfermement. Une petite minorité, qui avait le droit de sortir pour divers motifs, a pris des images de la ville, des portraits ou des autoportraits. La majorité s’est concentrée sur ses proches. Un bon nombre a capté le monde extérieur à travers les prismes de nos écrans, devenus comme jamais notre fenêtre et notre sas entre le monde et nous.

La série de composites de la Hongroise Kira Krasz, inspirée du "Tetris" de 1984 auquel elle s’est initiée pendant le confinement, associe les "Tetriminos" (les postures géométriques du jeu) aux postures du yoga qu’elle pratiquait avec son compagnon, George. Cet étrange domino photographique la relie en droite ligne à l’un des fondateurs de la photographie, l’Anglais Eadweard Muybridge et ses études du mouvement.

Restitution de la ville à l’animal

Jouant sur la rue nocturne qui nous était refusée, le Parisien Frédéric Stucin déploie une série d’images d’un Paris déserté habité chaque fois par un personnage unique. Contraste stupéfiant, un vol de pigeons bichrome d’une extraordinaire complexité s’ébat entre trois murs, place Georges-Pompidou, métaphore imparable de l’enfermement, de l’échappatoire, de l’aléatoire et, en somme, de la restitution de la ville à l’animal.

Le Belge Simon Vansteenwinckel saisit sur papier Washi F, destiné aux radiographies du système respiratoire, une série déroutante d’images de Wuhan, l’épicentre de nos maux, où le spectre de la vie l’emporte malgré tout.

Lucile Boiron, "Mise en pièces 3" ©Lucile Boiron

Avec "Mise en pièces", la Française Lucile Boiron s’inspire du recueil de conférences de Virginia Woolf, "Une chambre à soi" (où elle souligne qu’une femme doit au moins disposer "de quelque argent et d’une chambre à soi" si elle veut produire une œuvre). C’est ce dont disposait la photographe, qui offre une mise en pièces, au sens littéral, de son corps, dans une quasi-bichromie d’un rouge et d’un blanc avec virage au vert, ce qu’elle appelle "un rempart contre le vide". La peau surexposée (au sens photographique et existentiel de cet adjectif), les pétales, l’insecte, le sang ou la sauce vont au-delà de l’intimité. Cette introspection confine à l’examen de soi (au sens de l’épreuve et de l’analyse médicale), avec une audace inouïe.

PhotoBrussels Festival 05

À la 5ᵉ édition du PhotoBrussels Festival participent 43 galeries et autres lieux d’exposition, repris sur le site de Hangar. Le festival prend fin le 27 mars 2021.

"Triptych" de Joost Vandebrug exposé à la Orange Art House (en partenariat avec UNSEEN à Amsterdam)

"LV Sceaux" de Julien Boudet, exposé à la Stems Gallery.

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