Tout voir de Robert Mapplethorpe

©Robert Mapplethorpe Foundation

Le photographe, provocateur avec son audace de grand timide, renvoie aussi à l'histoire de l'art.

À la galerie Xavier Hufkens s’expose un panorama de 47 photographies de Robert Mapplethorpe, courant sur une période de 1977 à sa disparition en 1989. Ne font défaut, dans ce panel contrasté, que les polaroïds du tout début: des portraits d’hommes bien sûr, de femmes, de morceaux de corps, de fleurs, des natures mortes aussi.

Pas de chronologie dans ce show, plutôt des contrastes entre figé et mouvements, voire parfois des séries de clichés SM: ceux où la force de la scène, du sujet objet prend parfois le pas sur la technique ou la composition, au regard du spectateur. Elles paraissent plus dérangeantes, plus agressives qu’un sexe d’homme noir sortant d’un pantalon et qui rappelle la photographie de Calla Lilli, fleur turgescente, elle aussi érectile, également présente et tirée d’une série de lys, très rare chez Robert Mapplethorpe.

©Robert Mapplethorpe Foundation

Le regard du photographe, provocateur qui a l’audace des grands timides, renvoie aussi à l’histoire de l’art: le sexe offert d’une femme évoque bien sûr "L’origine du monde" de Gustave Courbet; une fleur en pot, une nature morte du XVIIIe ou les pionniers de la photo, comme Edward Weston. Le portrait de Patti Smith qui, elle-même, en fit un de très attachant de Robert dans son livre "Just kids", évoque les préraphaélites, Khnopff ou Dante Rossetti.

Le photographe, provocateur avec son audace de grand timide, renvoie aussi à l’histoire de l’art.

Il y a d’autres célébrités dans cette expo, comme une très jeune Kathleen Turner, angélique, magnifiée par la lumière, ou un Schwarzenegger en jeune Mister Univers: dans son seul regard qui éclabousse son visage carré, Mapplethorpe a su capter le caractère volontaire que le futur gouverneur de Californie a toujours conservé. L’évolution se marque dans le grain, qui évolue au fil des années. Aux fonds également: d’abord blancs, pour devenir grisés dans les années 80, avec cette photographie de Kanudi, célèbre, dans un dégradé de gris fabuleux entre fond et peau noire… Le noir s’accentue à l’approche de la mort, du sida qui rôde et en vient presque à statufier le sujet: un autre modèle black, les yeux grand ouverts, évoque les statues grecques aux yeux peints. La sculpture de "Diane alanguie sur son lit", figée, presque morte, sur fond nuit, semble évoquer la sidération devant la maladie du photographe, décédé à 42 ans. D’ailleurs son portrait de la statue de Bacchus lui donne un air de jouisseur mélancolique, fixé à tout jamais dans un sourire. Un rictus?

Rareté dans cette exposition, un portrait paysage des rochers Faraglioni au large de Capri. Portrait parce qu’il le photographie comme un visage, sans rien ou presque autour: pas de mer, ou morceau d’île. Un paysage immortel comme l’argenterie à laquelle il donne, dans un contraste éblouissant, aveuglant presque, l’allure de diamants qui sont, eux, éternels. Enfin, l’autoportrait de 1983 montre un bel et encore jeune homme – il mourra six ans plus tard –, et malgré tout mal à aise, avec, au fond du regard, quelque chose d’apeuré. Un chasseur d’images et de corps à son tour traqué…

Jusqu’au 20 juillet chez Xavier Hufkens, 6 rue Saint Georges à 1050 Bruxelles. Ouvert du mardi au samedi de 11 à 18h.

Prix entre 12.500 et 100.000 dollars.

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