Une "Vizion" pour le street art belge

©Simon Damman

Ce week-end, avec le Graffiti Festival Pshitt, Namur s’est mise à l’heure du street art. Qui sait: certaines des fresques réalisées se retrouveront peut-être l’an prochain dans "Vizion", la bible du genre en Belgique, dont le 3e volume vient de sortir.

Comme d’autres villes du pays, en plus de développer un parcours thématique, la capitale wallonne accueille des événements. Tel ce festival, bouclé dimanche sur le parking des Casernes, dont les murs ont été livrés aux bombes d’une trentaine d’artistes belges et internationaux. Les lieux sont désormais pimpants, les briques ternes ainsi recouvertes témoignant de la diversité des styles animant la discipline, de la calligraphie aux "pièces" plus abstraites en passant par le photoréalisme ou les clins d’œil à la BD.

"Le plus jeune photographe doit avoir 13 ans, le plus âgé, 88! Oui, on a un ‘papy’d’Anvers surmotivé, qui me fait parvenir des milliers de photos chaque année!"
Adrien Lobet
DE l’ASBL URBANA qui produit "Vizion"

Et plus d’un échevin de l’urbanisme vous le dira: voilà une manière d’enrayer la dégradation progressive de ces endroits destinés à être ultérieurement démolis. Il en fut de la sorte avec un immeuble du boulevard du Souverain à Auderghem, partiellement recouvert par une fresque de Sozyone, ou à l’ancien siège de Solvay "offert" au calligraphe Denis Meyers (pour ce dernier, revoir notre reportage à 360° avec l'artiste

©Simon Damman

Depuis un bon moment maintenant, l’art urbain se collectionne, s’expose, et chaque nouveau Banksy apparaissant dans l’espace public se retrouve illico protégé. Mais en rue, autorisé ou non, il est aussi en partie éphémère. Si l’artiste sait que son œuvre peut disparaître, ça fait partie du jeu, une certaine forme de pérennité existe cependant sur les réseaux sociaux. Et c’est aussi un des objectifs de "Vizion", dont le troisième volume est sorti il y a peu: au fil des 300 pages, rien que le meilleur de l’année écoulée! En près de 1.400 clichés, fournis par des contributeurs bénévoles.

Trains "redécorés" compris

"Aujourd’hui, ils sont plus de 25 à m’envoyer des photos, raconte Adrien Lobet, de l’ASBL bruxelloise Urbana et cheville ouvrière de ce gros album. Le plus jeune photographe doit avoir 13 ans, le plus âgé, 88! Oui, on a un ‘papy’ d’Anvers surmotivé, qui me fait parvenir des milliers de photos chaque année!" L’idée de "Vizion", c’est aussi de pousser le mouvement: "On sélectionne les pièces qui ont le plus marqué. Du coup, les gens essaient de faire mieux l’année suivante".

©Simon Damman

Ce véritable bottin compile également quantité de tags. Et de trains… "redécorés". Autant d’interventions non sollicitées, mais: "On essaie de montrer un peu de tout dans ce qui s’est fait, même s’il y a des choses qu’on ne cautionne pas. Elles existent, on ne peut les nier, et ‘Vizion’ est d’autre part un travail documentaire, d’archivage. Ne montrer que du beau n’aurait pas de sens: certains qui en réalisent font d’autres choses, la nuit, peut-être illégales. Ça se complète. Quant aux tags, c’est aussi un peu la base de ceux qui peignent de grandes fresques: ils sont tous passés par là."

Au centre culturel de Bomel, où l’on exposait ce week-end, toujours dans le cadre du festival, de nombreuses pages des trois "Vizion", on précisait: "Nous ne sommes pas là pour cautionner ou condamner le phénomène du graffiti mais pour inviter le public à s’interroger sur la place revendiquée par chacun dans la société et sur la manière de l’exprimer."

©doc

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