37 artistes et compagnies belges à Avignon

©Laurent Philippe/Charleroi Danse

Ils sont 37, 37 artistes et compagnies belges à se retrouver cet été à Avignon. L’Echo a rencontré Alain Cofino Gomez, le directeur du Théâtre des Doms.

Théâtre des Doms, Manufacture, Théâtre Episcène… Pas moins de 13 lieux différents accueillent 37 artistes et compagnies de Bruxelles et de Wallonie pour la 73e édition du Festival d’Avignon. Lieu singulier parmi la multitude du OFF, le Théâtre des Doms a la particularité d’être financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui a choisi de consacrer un lieu à la diffusion des pratiques artistiques en accueillant, accompagnant et rémunérant les artistes sélectionnés chaque année pour y monter leurs créations. Rencontre avec Alain Cofino Gomez, qui a succédé à Isabelle Jans à la tête du théâtre depuis quatre ans.

"La question de la jeunesse nous est apparue comme une évidence." Le théâtre des Doms fait la part belle à la jeunesse dans sa programmation.

Le théâtre des Doms s’adresse-t-il avant tout aux festivaliers ou aux programmateurs?
Aux deux! Nous avons une double mission, à la fois symbolique – montrer qu’on fait de belles choses en Belgique francophone, être une vitrine de l’excellence de la Fédération – et plus concrète – avoir des spectacles qui vont tourner, qui vont nous représenter non seulement à Avignon, mais aussi exister pendant deux ou trois ans sur le territoire français.

On peut donc se permettre des audaces, choisir ce qui nous représente bien, nous Belges francophones – même si c’est parfois plus difficile à programmer – et donner aux artistes la visibilité et les moyens de trouver leur chemin de distribution en France. Il s’agit de fixer, pour un instant, le capital, le crucial, le fondamental, l’indispensable de la création francophone de Belgique.

Cette année, sur 10 spectacles, vous programmez 4 créations de jeunes compagnies et 5 spectacles à destination des jeunes publics…
La question de la jeunesse nous est apparue petit à petit comme une évidence. Nous sommes inquiets de l’émergence, de la diversité et de l’accueil qu’on leur fait, et nous voulions faire la part belle à ce qui devient soudainement visible. Pas seulement sur scène: je pense aussi à la jeunesse qui a émergé dans nos villes européennes pour dire l’urgence de s’unir face à la catastrophe. La jeunesse qui pointe le bout de son nez et qu’aussitôt on ignore parce qu’elle n’a pas l’expérience de la vie, qu’elle manque soi-disant de réalité. Alors on l’invisibilise, on l’oublie, on ne l’entend pas.

Alain Cofino Gomez ©doc

Comment s’assurer que les programmateurs soient sensibles aux créations belges?
Nous veillons à assurer une visibilité de 100 à 400 professionnels par spectacle sur l’ensemble du festival, d’où l’importance de collaborer avec des lieux comme Les Hivernales – CDCN d’Avignon ou l’Occitanie fait son cirque en Avignon, où nous sommes certains que nos spectacles seront vus par suffisamment de programmateurs des milieux de la danse et du cirque, même si on y perd un peu de notre identité. Depuis le mandat d’Isabelle Jans, les Doms ont construit uneréputation d’excellence, et le public s’y rend les yeux fermés. Chaque été, c’est un succès total dès le jour des générales: on sent très vite les retours, on perçoit si ça va marcher.

Concrètement, comment se passe la sélection?
Nous recevons une centaine de candidatures par an, et j’en vois 80 en venant une fois par mois en Belgique. Il y a bien sûr des évidences face à un spectacle, mais ça ne veut pas dire que ça entrera directement dans la programmation. Certains choix sont parfois similaires, il faut veiller à ne pas programmer des choses trop proches. Le maître mot, c’est la qualité: si je vois un spectacle prometteur, je peux attendre une saison avant de le choisir. "On est sauvage comme on peut", première création du jeune collectif Greta Koetz, est venu en résidence aux Doms la saison passée, mais il a fallu encore un an pour que ce spectacle atteigne sa maturité et que nous décidions de le programmer. Je m’en réjouis d’autant plus.

Et pour les choix plus audacieux?
Programmer un spectacle un peu plus difficile, comme Crâne, de la compagnie De Facto, n’est pas forcément un défi, excepté en termes de longueur. Il existe un public pour ce type de spectacle: des gens qui commencent tôt, dès 10h du matin. La première tranche horaire de la journée est décisive. Je m’entoure aussi d’un groupe de professionnels du théâtre qui se réunissent chaque année pour passer en revue l’ensemble des candidatures avec moi. Je les écoute pour percevoir le ressenti de chacun. Je vois si ça corrobore ou si ça infirme mes propres intuitions.

Tous singuliers, Théâtre des Doms, du 5 au 27 juillet, 1bis rue des Escaliers Sainte-Anne, 84000 Avignon, www.lesdoms.eu

Salia Sanou invite à "danser l’autre" au festival d’Avignon

Comment se placer face à l'autre pour le rencontrer dans sa complémentarité, son altérité? Comment croiser les gestes vers l'équilibre ou la perte? Présentée en avant-première à Bruxelles, la nouvelle création du chorégraphe burkinabais Salia Sanou est une coproduction de Charleroi-Danse, sélectionnée dans le "IN" à Avignon.

Sanou y explore trois rencontres possibles en face-à-face, avec trois artistes radicalement différents: Germaine Acogny, grande dame de la danse africaine; Nancy Huston, écrivaine franco-canadienne; BabX, auteur-compositeur protéiforme, qui mêle poésie et politique sans hésiter à se parer des mots des autres, qu’il s’agisse de Genet, Baudelaire ou Césaire.

Du "je" au "jeu", Salia Sanou cherche avec eux à appréhender le dialogue à travers la musicalité des corps en mouvement, pour donner à voir la joie et le tragique de notre humanité. "Mon intention est surtout de confronter des univers d'artistes qui puissent révéler au public une autre manière d'instaurer une relation au monde visuel, musical, physique, poétique voire politique. Des états de corps multiples où se conjuguent différentes formes artistiques."

Partant des textes de Nancy Huston ou des chansons de BabX, il a cherché ce point de jonction entre danse et parole sans jamais verser dans la simple illustration. Avec Germaine Acogny, fondatrice de l'École des sables au Sénégal, c'est une autre partition qui se joue: celle des origines, de l'élève et du professeur, d'un retour aux sources qui s'incarne physiquement sans jamais oublier que le sens du partage peut aussi se teinter d'humour.

C'est là sans doute que réside la force de ce spectacle, donné dans la Cour minérale de l'Université d'Avignon, avant de partir en tournée en France.

  • Multiple-s, Salia Sanou, Festival d'Avignon, Cour minérale de l'Université, jusqu’au 14 juillet à 22h, www.festival-avignon.com

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