Bibot ou l'art du contre-pied

©TTO

Après s’être lancée dans le stand-up, Laurence Bibot, jamais à court d’idées, diffuse sur Instagram des capsules vidéo qui font mouche.

Il y a chez Laurence Bibot une envie presque irrésistible, quelle que soit la scène qu’elle occupe, au théâtre, en radio, en télévision, de se travestir. On dirait presque une petite fille – alors qu’elle dépasse largement le mètre 80 – qui continuerait à prendre un malin plaisir à vider l’armoire de ses parents, enfiler des vêtements trop grands pour elle et faire des sketches devant la famille amusée.

Si on feuillette l’album de sa carrière, l’évidence saute aux yeux, Bibot adore changer de costume pour mieux incarner des personnages loufoques, drôles, parfois pathétiques mais toujours sincères. Certains rétorqueront que c’est le propre du comédien de ne pas être soi, mais chez elle, l’habit, le maquillage, l’imitation, ont toujours eu pour fonction de mettre à distance le (télé) spectateur ou l’auditeur, comme une barrière pour ne pas approcher l’intime.

De la cultissime Miss Bricola dans l’émission des Snuls sur Canal+ à ses billets pour le Café serré en radio sur La Première, en passant par ses spectacles créés sur la scène de la Toison d’Or (sa deuxième maison), "Bravo Martine", "Miss B.", "Cendrillon ce macho" ou encore "Sœurs Emmanuelle", on sent chez elle une vraie passion pour l’usurpation d’identités.

Une passion du travestissement qu’elle prolonge aujourd’hui dans des capsules vidéos très courtes absolument géniales qu’elle diffuse régulièrement sur Instagram et dans lesquelles elle se met en scène dans une galerie de portraits, sorte d’étude de caractères, sous formes d’interviews de personnages féminins face caméra.

L’idée est aussi originale que déroutante car il s’agit en réalité de vraies interviews récupérées dans les archives de la RTBF et qu’elle réinterprète en gardant la bande-son originale et en faisant un exercice de lipping quasi parfait. Dans ces capsules Laurence Bibot incarne une directrice d’école un peu acariâtre, une miss beauté émerveillée à la sortie d’un concours, une médecin légiste parlant de sa dernière autopsie tout en grignotant une cracotte ou encore la femme de Raymond Goethals qui raconte ne pas tellement aimer le foot.

De manière générale on n’est pas loin de l’émission Strip-tease (à laquelle elle emprunte d’ailleurs l’une ou l’autre séquence), c’est cocasse, gentiment moqueur mais jamais blessant. Perruques, costumes vintage et mimiques faciales, une fois encore elle pousse l’art de la transformation à son paroxysme.

Le stand-up, exercice sans fard

Habituée au travail collectif voire familial avec des metteurs en scène, auteurs et comédiens qui lui sont proches (Marka, Nathalie Uffner, Sébastien Ministru,…), elle décide il y a quatre ans d’emprunter un nouveau chemin et se lance dans le stand-up avec le bien nommé "Bibot debout". Si elle a déjà occupé seule la scène, c’est la première fois qu’elle se prête à cet exercice particulier où, pour le coup, elle laisse tomber le costume pour se retrouver presque nue devant un public qui attend les vannes comme on visionne des vidéos sur YouTube: à la chaîne. Avec comme seul accessoire un micro, il n’est plus question ici de se cacher derrière un personnage.

Le stand-up autorise, voire oblige, à faire des détours du côté de l’intime, le personnage ici c’est elle et bien que l’on reste dans le registre du comique, c’est une autre Laurence Bibot qui est apparue sur scène. Certes le genre est à la mode et avec le stand-up elle montre qu’elle s’adapte à l’époque en venant se confronter à la nouvelle génération d’humoristes belges, Guillermo Guiz, Alex Vizorek ou encore Kody. Mais il lui va bien. "Bibot debout" lui a permis de rencontrer un nouveau public sans faire fuir l’ancien. Au point de renouveler l’exercice avec "Bibot distinguée", qu’elle jouera au Théâtre de la Toison d’Or à la rentrée durant six semaines. L’occasion de lui découvrir un autre visage… le sien.

- "Bibot distinguée" au Théâtre de la Toison d’Or du 12/09 au 20/10. www.ttotheatre.com

- Capsules vidéo: Bibot@instagram

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content