Chorégraphie de bûcherons en costume de ville

©Massao Mascaro

Entre danse, théâtre et cirque, Claudio Stellato présente un spectacle époustouflant qui fait danser et chanter des bûches de bois.

Quatre hommes en costume, tirés à quatre épingles. Sur la scène entourée du public de part et d’autre, des bûches – quatre stères au total – et une étrange arche faite de bûches également et montée selon les règles de la clé de voûte, sans trucage aucun. Les hommes vont s’emparer du bois, lançant les bûches, jonglant avec elles pour construire ou détruire des formes, déplaçant le tas de bois d’un coin à l’autre de la scène. Avec différentes techniques: le lancer collectif qui prend vite des allures de jonglerie ou le "traîner" au sol où deux hommes couchés se tiennent par les mains tandis que les deux autres les tirent par les pieds entraînant avec eux le tas de bois. Armés de quatre haches, ils font jaillir des éclats de bois d’un billot, chacun son tour, ensemble, puis deux par deux, avant de revenir en rythme, puis que l’un se détache dans un solo à la fois rythmique et chorégraphique. Après la scie musicale, voici le quatuor de haches…

Les hommes s’emparent du bois, jonglant avec les bûches pour construire ou détruire des formes.

Né à Milan et travaillant à Bruxelles, Claudio Stellato (ici avec Julian Blight, Mathieu Delangle et Valentin Pythoud) explore la matière organique et sensorielle – notamment l’odeur – et la met en mouvement avec les corps des interprètes. Le chorégraphe et artiste pluridisciplinaire travaille sur ce projet depuis trois ans. Différentes étapes de travail lui ont permis de tester "La Cosa", essentiellement en extérieur, dont la forme finale sera présentée de jeudi à samedi aux Halles de Schaerbeek. "J’ai travaillé beaucoup en nature avant de commencer les représentations, explique l’artiste. Après 6 ans de théâtre dans le noir complet, j’ai eu besoin de sortir du studio pour chercher des éléments qui existent déjà. Nous avons trouvé des situations parfaites à l’extérieur, les ramener à l’intérieur crée un nouveau contraste."

Comme au cirque, le spectacle cherche la limite, reste dans la tension. "La matière n’est jamais la même, ajoute Claudio Stellato, ce ne sont jamais les mêmes pièces qui passent dans le même ordre, on a toujours dans les mains quelque chose de différent." Cette recherche de la limite prend toute sa force dans une séquence où l’un des interprètes commence à "détricoter" l’arche, patiemment, bûche après bûche, cherchant à la maintenir debout le plus longtemps possible même dans un équilibre précaire, instable, fragile, lui donnant un dernier répit en s’aidant de ses bras... avant qu’elle ne s’écroule définitivement.

©Massao Mascaro

Entre enchaînements de jeux et cérémonies précises à respecter, "La Cosa" repose sur des gestes clairs, carrés, à la portée de tout le monde (avec un peu d’entraînement) mais il se dégage une poésie, une harmonie et une grâce qui font immanquablement penser à une chorégraphie, même s’ils se défendent d’être danseurs. "Il y a une volonté de recréer un langage, poursuit Claudio Stellato. Prendre et déposer ne demande pas de passer par une école de formation. Le geste simple peut être une danse."

Pour la petite histoire, le bois voyage avec les artistes et est constitué de différentes essences glanées au gré des résidences. Les bûches sont coupées à 50 centimètres, ce qui est important pour la mise en place. Des problèmes d’échardes? "Au début, oui mais pas quand on prend du bois tous les jours", sourit l’un d’eux. Autre précision pour les personnes sensibles: personne n’a dû aller à l’hôpital pendant la création du spectacle. "On n’a plus peur du bois, conclut Julian Blight, il est un peu devenu un ami."

"La Cosa" du jeudi 15 au samedi 17 octobre aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles, 02 218 21 07, www.halles.be.

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