chronique

L'être de refus

De 2000 à 2007, l’artiste plasticien Julien Prévieux répond négativement à des offres d’emploi. Ces savoureuses lettres de non-motivation sont portées à la scène par Vincent Thomasset au 140.

Sur un écran suspendu en fond de scène, une annonce pour un coupeur de verre. S’avance sur une scène en forme de damier, un jeune homme en noir qui récite sa lettre de non-motivation à un poste qu’il juge dans cette époque de managers, d’ingénieurs et de biotechniciens… obsolète. Une femme en basket et short précise, elle, son incompatibilité au stress qu’elle explique de manière de plus en plus nerveuse au fil de sa lettre de motivation… au refus. Un autre s’estime trop pris par diverses autres fonctions pour accepter un poste de directeur de magasin. Un homme torse nu refuse un travail à la RATP, nom qui n’est pas mentionné dans l’annonce; ce qui, pressent-il, donne à penser que l’entreprise qui désirerait l’engager aurait honte d’elle-même. Une femme est venue du futur avec un chômage à 78% pour trouver du travail dans notre présent. Un homme encore jeune qui veut postuler à un poste chez Champion avoue finalement avoir terminé deuxième dans une discipline de skateboard aujourd’hui disparue….

L’absurde et le loufoque vont crescendo dans ces variantes de descriptions de jobs standardisés et des lettres de démotivation qu’elles engendrent.

À l’image des brèves de comptoir, "Lettres de non-motivation" consiste en des variations dites, écrites (les lettres de réponses à celles-ci s’inscrivent sur l’écran), voire même chantées, mimées ou dansées et interprétées par les comédiens qui ont eux des gueules de l’emploi incroyables dans cette pièce basée sur les lettres de refus aux annonces du plasticien Julien Prévieux qui les exposa et sont désormais mises en scène de façon précise par Vincent Thomasset: sur scène, elles constituent un chapelet de confrontations entre offres d’emplois et non-sollicitations. L’absurde et le loufoque vont crescendo dans ces variantes de descriptions de jobs standardisés et des lettres de démotivation qu’elles engendrent; face à ces langages dénaturés, "l’être du refus" choisit la poésie, la dérision, la colère ou l’indignation dans un premier degré assumé qui fait toute la drôlerie du propos.

©Patrick Berger/ArtComArt

Les cinq acteurs réussissent quant à eux leur épreuve au "pays de candis" usant de leur corps, leur voix ou leur gueule… Bref, ils font le job dans ce spectacle d’une prose pataphysicienne hilarante qui finit lui aussi par être… engagé.

Du 21 au 23 février au Théâtre 140 à Bruxelles, www.theatre140.be, 02 733 97 08.

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