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La meilleure des armes? Le rire!

©Yves Kerstius

Théâtre | "Délestage" de David-Minor Ilunga

Un fond grisé à la Malick Sidibé, une chaise, une lampe pendue au plafond et une lumière sculptant le tout. Habitant ce décor simple et efficace, David-Minor Ilunga campe un jeune Kinois expliquant à une femme dont on n’entend que la voix les raisons de sa présence dans un centre fermé. Sans papier, il est suspecté de tentative de vol. Lors de sa garde à vue, les flics le soupçonnent même de lien avec Daech. Tandis qu’ils regardent le match "Belgique-Pays de Galles", le détenu sort de son mutisme. "Le foot, ça me démange!", lance-t-il. La Belgique perd et le jeune est envoyé en centre fermé…

Théâtre

"Délestage"

Note: 4/5

De et par David-Minor Ilunga

Jusqu’au 23/12 au Théâtre de Poche (Bruxelles).

www.poche.be.

Sur scène, le comédien interprète les flics, le jeune homme, sa famille restée à "Kin’". Corps d’une élégante élasticité, voix aux accents changeants, yeux expressifs façon cartoon, il évoque un Kinshasa trash et absurde, la liberté de parole, la promiscuité, les psys pour animaux européens, les magouilles, l’impuissance humanitaire, les migrants, ceux qui se disent Charlie mais jamais Beni (une ville de RDC où ont lieu depuis 2013 des massacres de civils). Son second degré est d’une habilité redoutable et renverse le point de vue du spectateur. Dangereuse, l’Afrique? Peut-être. Safe, l’Europe? Non.

Fruit d’une résidence de trois mois au Poche, le texte a été écrit par David-Minor Ilunga dans la foulée des attentats de Bruxelles et Zaventem. "Les militaires dans les rues, c’est habituel chez moi, anormal ici, nous confie-t-il. On n’est plus en sécurité nulle part: il faut prendre ça avec recul. J’ai utilisé l’humour caractéristique du Congo pour décrire la situation et la relativiser. Le rire n’est pas passif chez le Congolais. C’est une position de résistance. On rit pour ne pas avoirle temps de prendre les armes, mais pour avoir le temps de trouver une solution."

La solution de David-Minor Ilunga face à l’absurdité de la vie, il la trouve dans les mots.Une arme redoutable! Car on rit beaucoup avec "Délestage". Puis on réfléchit au monde dans lequel on vit. Ni noirni blanc, quelque soit l’endroit (d’)où on le regarde.

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