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chronique

La première pièce de Mélanie Laurent

©Jean_Louis_Fernandez

Le Théâtre de Liège propose deux nouvelles créations, "Le Dernier testament" et "En attendant le jour", qui explorent le rapport à la vie et à la mort.

À la première, les deux pièces ont conquis à chaque fois une salle comble. Pourtant, dans les deux cas, le sujet n’est pas forcément drôle. Du moins, il pose question, car, sans le vouloir, les deux représentations abordent à peu de chose près la même thématique: le rapport à la vie et à la mort. Hasard de la programmation? Peut-être, mais cette thématique rend compte aussi du fil conducteur qui traverse l’ensemble de la programmation du Théâtre de Liège en cette rentrée 2016: notre relation au monde.

Une première

Théâtre

"Le Dernier Testament"

Note: 3/5

De Mélanie Laurent

 

"En attendant le jour"

Note: 3/5

De François Sauveur

Déjà jouée en France, la première pièce de Mélanie Laurent trouve son origine en 2014 lorsque le festival de littératures orales, "Les Parlantes", demande à l’actrice de lire "Le Dernier testament de Ben Zion Avrohom", écrit par James Frey. Deux ans plus tard, elle fait de ce roman complexe une pièce de théâtre inédite. C’est l’histoire de Ben, un ouvrier vivant dans le Bronx qui aime la bière et la cigarette. Un jour, il se fait écraser par une poutre sur le chantier et se retrouve à l’hôpital. Tout le monde le pense mort mais Ben survit. Lorsqu’il sort du coma, il n’est plus le même. Il se transforme en "un homme d’amour". Ses collègues, son frère, sa sœur et son amie portoricaine témoignent à tour de rôle, faisant de lui un gourou, un messie du XXIe siècle. Le FBI enquête sur son origine; les médecins s’étonnent de sa "résurrection"; on lui accorde la paternité de nombreux miracles. Ben rassemble et partage en même temps.

Derrière ce personnage aux multiples facettes, la pièce se lit comme une critique radicale de la société américaine d’aujourd’hui, dominée par la violence, la pauvreté et le racisme. Sa mise en scène est remarquable, grâce à une troupe d’acteurs talentueux (dont les Liégeois Nancy Nkusi et Olindo Bolzan,) et une scénographie rythmée et contemporaine. Si les dialogues peuvent parfois sembler (trop) longs et un tantinet mièvres, il reste que l’énergie et le dynamisme de ce conte moderne sont contagieux.

Le ton juste

Même si elle aborde la délicate question de l’euthanasie, la pièce du jeune François Sauveur est, elle aussi, une pièce sur l’amour et sur la vie. Au départ de témoignages réels, dont celui de son propre père, le Docteur Luc Sauveur, le metteur en scène élabore une création à la fois juste et profonde. "En attendant le jour" raconte avant tout l’histoire de Marco, un homme devenu paraplégique suite à un accident de voiture. Depuis plusieurs années, il souhaite l’euthanasie, une demande difficile à entendre, surtout pour sa famille qui ne comprend pas ce choix, mais aussi pour son médecin, avec qui il entretient une relation sincère.

Aborder un tel sujet est périlleux, surtout au théâtre. François Sauveur a réussi à dépasser le pathos et le tragique, pour proposer une pièce délicate. Et cela tient beaucoup aux jeux des acteurs (Seloua M’Hamdi, Quentin Meert et Laurent Caron) qui ont su trouver le ton juste. Certains passages de la pièce sont lourds d’émotion mais la mise en scène, avec ces instants de poésie et de musique, apporte quelques beaux moments de légèreté.

Les deux pièces sont jouées jusqu’au 29 octobre au Théâtre de Liège, theatredeliege.be. "En attendant le jour" sera ensuite reprise à Tournai et Namur.

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