chronique

La créativité bouillonnante de l'Amicale de production

Le collectif de projets l’Amicale de production présente trois spectacles dans trois lieux à Bruxelles.

Nous avions laissé l’Amicale de production à leur succès inouï "Germinal", une pièce auto-générative où quatre individus envisageaient le plateau comme une terre, immense et vierge, où tout était à faire. Après 150 représentations dans le monde entier – Bruxelles, Avignon, New York, Minneapolis et Montréal – et bon nombre d’articles de presse élogieux, l’Amicale de production présente "On a préparé des spectacles" à Bruxelles. Cela, pour fêter ensemble la fin de sa collaboration avec le Beursschouwburg comme artiste associé – 2013/2016 – et ses mutations – en cours: de nouvelles personnalités artistiques, un nouveau statut juridique, etc.

©©Simon Gosselin

De la conférence/spectacle "Un faible Degré d’Originalité" d’Antoine Defoort au triptyque de conférences évolutives "Amis, il faut faire une pause" de Julien Fournet en passant par l’œuvre/vie à bricoler "Germinal" d’Antoine Defoort et Halory Goerger, la créativité de l’Amicale de production est bouillonnante, fébrile et semble toujours inépuisable. Les discussions avec Antoine Defoort, Halory Goerger et Julien Fournet dérivent vite de l’autre côté, mêlant art, vie, politique, sciences du langage, droit ou économie et révélant aussi leurs exigences d’artistes vis-à-vis de ce qu’est, peut ou doit être l’acte de création.
"Il me semble important de faire une pause pour retrouver le sens parce que nous sommes tous malades du temps,
insiste Julien Fournet. Dans ‘Amis, il faut faire une pause’, il me paraît important de défendre l’exigence conceptuelle en demeurant accessible à tous, et d’être dans une relation dynamique et joyeuse au savoir." Il s’agit d’une classe verte en trois stations. Elle s’inscrit à la fois dans un dispositif spectaculaire et en dehors pour mieux déplacer le regard. Celui qui a fait des études de philosophie s’intéresse au rapport à la pensée. "La pensée est jouissive, elle a ses mouvements propres, dit-il.

Il existe une composition de la pensée. Chaque philosophe a son mouvement de la pensée. Ici, j’expose les mouvements de la pensée et nous déambulons à l’intérieur. Pour chaque causerie, nous utilisons un véhicule de la pensée différent. Dans ‘Spectateurs de tous pays, unissez-vous’, nous utilisons le kayak. C’est la ‘pensée cascade’. Elle est très logique, elle nous fait passer d’un état à un autre. Dans ‘La culture, c’est dangereux’, le véhicule est la liane. La pensée est très anarchique, voire superficielle. C’est ‘la pensée de repérage’. Nous survolons la forêt de la culture, repérons et faisons émerger. Les spectateurs y boivent de la tisane. Ce qui induit une relation au temps, très particulière. Dans ‘ Manifeste pour une nouvelle guilde de créateurs’, le véhicule de la pensée est le surf. C’est ‘la pensée de l’opportunité’. Elle est très agréable: on attend que ça vienne"
.

À l’Amicale de production, la scène est toujours un stratagème, joueur et réfléchi.

On les sent intarissables sur leurs sujets, mais de manière très (toujours!) particulière. À l’Amicale de production – la communauté d’amis –, la scène est toujours un stratagème, joueur et réfléchi. Ce qui la rend extrêmement vivante et les montées d’intensité, très importantes. "Certes, mon approche, dans la conférence/spectacle ‘Un Faible Degré d’Originalité’ est très documentée et rigoureuse j’y retrace l’histoire des droits d’auteur, du XVe siècle à nos jours, en faisant de la prospective , explique Antoine Defoort, mais je ‘lubrifie’ le discours afin qu’il soit moins sec, plus digeste. Sur scène, on fait des blagues, on reprend les chansons du film "Les parapluies de Cherbourg", on mange des Pépito, on construit une maquette des droits d’auteur en boîtes en carton et on projette un dessin animé. "Je m’interroge beaucoup sur la notion ‘droits d’auteur’, ajoute l’auteur. C’est une notion très récente. J’essaie de mettre en forme des idées donc, je suis un auteur.

Mais je trouve la notion ‘atrophiée’. Dans la sphère artistique, nous avons tendance à considérer le moindre geste comme celui d’un auteur. Je suis certain que transposé dans une autre catégorie socio-professionnelle, cela semblerait hilarant. L’artiste ne crée rien ‘seul’, il crée parce qu’il baigne dans une culture. L’artiste s’empare souvent d’idées préexistantes. L’auteur, l’artiste crée moins qu’il ne transforme. Et cela vaut pour n’importe quelle activité humaine. La création artistique est peut-être trop nimbée d’une aura sacrée. L’artiste était le messager de la parole divine. Et l’héritage ‘mystique’ persiste. Elle ne doit pas être souillée par le réemploi. C’est un presque blasphème. Cela ne signifie pas pour autant que je dis: à bas les artistes! À bas les droits d’auteur. Non! Car les droits d’auteur garantissent la rémunération des auteurs. Il faut peut-être juste un peu redescendre sur terre"
.

En 2016, l’Amicale de production donne encore la preuve qu’elle peut accompagner la création, ailleurs, toujours dans ses luttes de libération.

"Un faible Degré d’Originalité" du 22 au 26 novembre au Théâtre Les Tanneurs; "Germinal" du 7 au 10 décembre au Théâtre Varia et "Amis, il faut faire une pause" les 25 et 26 novembre, les 2, 3, 7 et 8 décembre au Beursschouwburg à Bruxelles, ww.amicaledeproduction.com.

Lire également

Echo Connect

Messages sponsorisés

n