Le supplice d'Alice

©© Yves Kerstius

Atteinte d'une maladie incurable, Alice va chercher en Suisse un médecin qui l'aidera à quitter une vie devenue indigne.

Alice veut mourir: elle n’en peut plus d’être dévorée par cette maladie incurable qui la ronge. Alice veut passer de l’autre côté du miroir. La jeune femme a trouvé en Suisse un médecin qui peut l’aider à mourir. Alice lui parle au téléphone: le docteur Strom lui explique qu’il lui faut d’abord prévenir sa famille. Il n’y a que sa mère, Lotte, que la candidate à l’euthanasie se doit de prévenir. "Ils ont tout de même inventé la Croix-Rouge!" s’exclame la maman en apprenant que c’est sous la blanche croix suisse que sa fille s’apprête à en faire une sur sa vie.

À 800 km de là, le Dr Strom continue d’accompagner des personnes décidées à quitter cette vie devenue indigne, où la belle personne que l’on fut tombe dans l’oubli, recouverte par une déchéance qui l’efface, annonçant sa mort. Un médecin plein d’humanité qui se veut un secours, une assistance sans insister, et dans le cabinet duquel un patient anglais se présente une fois, deux fois, trois fois…

Un praticien qui fait face à l’opprobre du voisinage, personnifié par le propriétaire, Walter, qui lui loue l’appartement. Sous couvert d’idées modernes, seul l’argent semble un barrage à son ressentiment.

Aussi neutre que l’est un Suisse, Gustav Strom qui est avant tout un homme, est troublé par la jeune Alice quand elle lui lance "est-ce que tu m’aides?"… Sujet ô combien délicat que celui de l’euthanasie, surtout quand celui des mineurs vient d’être légalisé. "Le voyage d’Alice en Suisse" de Lukas Bärfuss est très sobrement monté par Roland Mahauden, un qualificatif qui vaut aussi pour le décor et la lumière. Plus qu’Alice, très justement personnifiée avec toute la rage rentrée d’une jeunesse vaincue par Stéphanie Van Vyve, c’est Gustav Strom qui en est le "héros". Olivier Coyette, par ailleurs directeur du Poche, offre sa physionomie enveloppante et bonhomme à ce personnage qu’il interprète très sobrement, sereinement, jamais doctoral, jamais trop distant, toujours à la frontière de la neutralité, mais sans se dédouaner de l’attention, de l’écoute et du confort que mérite le patient.

Entouré de trois autres comédiens, dont John Dobrynine entre patient anglais à l’humour tout britannique (car cette pièce est tout sauf un tire-larmes) et Walter le propriétaire populiste, le médecin conclut dans un dernier souffle: "ce que l’être humain craint le plus c’est sa peur". Avant d’expirer: "avec les progrès de la technologie, l’homme aura besoin de quelqu’un qui apporte l’obscurité". Rideau… forcément noir. Bernard Roisin

"Le voyage d’Alice en Suisse", jusqu’au 17 mai à 20h30 au Théâtre de Poche, 1 rue du Gymnase à 1000 Bruxelles. Rens.: 02 649 17 27 ou www.poche.be

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