interview

"Les émotifs sont des humains au carré" (Dupont-Garbarski)

©Fred Sablon

Parmi les nombreux Belges qui se sont invités en Avignon cette année, une joyeuse petite troupe: celle qui adapte pour le théâtre la comédie "Les émotifs anonymes", autour du duo Tania Garbarski-Charlie Dupont.

À la mise en scène, le seul Français de l’aventure: Arthur Jugnot. À l’écriture, Philippe Blasband, lequel adapte son propre scénario, écrit à quatre mains avec le réalisateur du film éponyme, Jean-Pierre Améris. Pour tous les seconds rôles féminins, la toujours sémillante Aylin Yay, et au masculin, l’hilarant Nicolas Buysse. Le tout pour encadrer Tania Garbarski et Charlie Dupont, qui nous ont déjà offert, en couple, "Tuyauterie" du même Blasband, "Maris et femmes", et "Promenade de santé" (Nicolas Bedos). Dans le registre de la comédie romantique assumée, sensible et intelligente sur fond d’hyperémotivité maladive, ils font merveille.

Interview croisée et ludique.

Théâtre
  • "Les émotifs anonymes"
  • Note: 4/5
  • Jusqu’au 28 juillet au Théâtre des Béliers (Avignon)
  • Et du 7 janvier au 22 février 2020 au Théâtre Le Public (Bruxelles)

Vous habitez Avignon dorénavant?
Charlie Dupont: Mon patronyme m’y engage vivement! De même que mon envie d’aristocratie, ça ferait enfin de moi un Dupont d’Avignon.

Tania Garbarski: Par contre l’année dernière, on a été vivre à Paris pendant 8 mois, avec les enfants et tout. On a joué "Tuyauterie" au Théâtre de l’Œuvre, et puis "Hard" au Théâtre de la Renaissance.

C.D.: Il faut garder la liberté à l’esprit. Même si ça veut dire des soucis comme changer ses enfants d’école pour un an. Avignon aussi, même pour un mois, ça vous rafraîchit le comédien.

T.G.: Même si c’est la canicule.

En vrai, qui est le plus émotif des deux? Madame ou monsieur?
T.G.: Moi, je crois que c’est moi.

C.D.: Et moi, je crois que c’est moi! (rires) En fait, la pièce est assez subtile là-dessus: on a tous des émotivités différentes, qui mènent à des réactions différentes. On peut avoir une grande gueule comme Benoît Poelvoorde, qui a joué le rôle au cinéma, et cacher par là une timidité immense. Ce besoin – que j’ai aussi – de remplir le silence par des conneries, est assez partagé.

T.G.: Jean-Pierre Améris a assisté à plusieurs lectures, pour valider, et il nous a livré son expertise sur le sujet, car il souffre lui-même d’hyperémotivité. Parmi les défenses figure la timidité, mais en vérité il s’agit de trop d’envies simultanées que les émotifs n’arrivent pas à canaliser.

C.D.: Une cocotte…

T.G.: … qui bout. Ça se traduit par ne plus parler, trop parler, être agressif. Beaucoup de choses, qu’on a dû doser dans la pièce.

C.D.: Beaucoup de gens, grâce au film puis à la pièce, se sont rendu compte que ce qu’ils vivaient porte un nom.

"Avignon, même pour un mois, ça vous rafraîchit le comédien."

Qui a eu envie de travailler avec l’autre?
T.G.: On avait tous les deux envie de travailler avec l’autre…

C.D.: Sauf moi.

T.G.: Mais on ne nous engageait pas ensemble. Le risque, c’était les disputes permanentes…

C.D.: … voire un divorce prématuré. Au final, dans le jeu, c’est pratique d’avoir un partenaire en qui tu peux avoir totale confiance, que tu connais par cœur. En un clin d’œil, je sais où elle voudrait que j’aille et inversement.

T.G.: Venant d’écoles différentes, on s’est apporté des trucs. Charlie m’a révélé où était mon clown.

C.D.: Aujourd’hui, nous avons Jacqueline Maillan dans le corps de Penélope Cruz. Ce qui est mieux que le contraire.

T.G.: Lui, il est très intuitif; moi, je suis plus de la méthode Insas, un peu plus théorique, technique.

Quand on ne parle pas de théâtre chez les Dupont-Garbarski, on parle de quoi?
C.D.: De bagnoles? De musique?

T.G.: De nos enfants surtout, non? On passe tout le temps qu’on peut avec eux…

C.D.: C’est bien une interview pour Marie-Claire, rassurez-moi?

Une vraie tragédie, c’est pour bientôt?
C.D.: On aimerait pouvoir dire oui. On a plusieurs projets de vrais drames. Mais lequel va se concrétiser en premier, mystère. Je prépare un film… Sam Garbarski (père de Tania, réalisateur de "Quartier lointain", "Irina Palm" ou "Goodbye Germany") nous a parlé de quelque chose. "Qui vivra verra", comme disait Confucius.

T.G.: Au théâtre, moi, j’aimerais un grand drame, et une formidable histoire d’amour.

C.D.: C’est beau ce que tu dis.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect