chronique

Les objets magiques d'Agnès Limbos

Journaliste

Le Théâtre La Montagne Magique et le Théâtre des Martyrs consacrent un focus à cette figure emblématique du théâtre d’objet dont les créations ont fait le tour du monde.

Tout a commencé dans une cuisine en 1984. Agnès Limbos s’amuse à réaliser une adaptation des ballets de Stravinsky avec de petites marionnettes et des objets, un "Petrouchka" très musical avec beaucoup de mouvements de mains et de doigts. Présenté aux rencontrès jeune public de Huy, le spectacle fait un carton qui lui vaut à l’époque 200 représentations. Il en aligne aujourd’hui 800 dans le monde entier. En 1987, l’artiste présente "Petits Pois", un conte inspiré par des boîtes de petits pois vues dans un supermarché. Agnès Limbos imagine que ce sont des gens qui sont écrasés dans la boîte comme dans un camp de concentration, cette image étant renforcée par l’utilisation d’un mégaphone, d’un mirador et d’un mixer broyeur de petits pois. "Le spectacle était présenté à des enfants à partir de quatre ans, précise l’auteur. ils ne comprennent pas la référence historique mais ils comprennent émotionnellement ce qu’est la violence". D’ailleurs les enfants ne s’y trompent pas au point que lors d’une représentation, un gamin de six ans s’est levé, a pointé la comédienne du doigt en lui intimant: "laissez ces petits pois innocents tranquilles".

Née à Marchin (près de Huy), Agnès Limbos se passionne dès l’enfance pour le théâtre et les cadeaux Bonux, ces objets miniatures dans des boîtes à savon. Après un passage par l’université, elle entame un parcours autodidacte qui la mène entre autres comme marionnettiste au Théâtre de Toone à Bruxelles, baroudeuse sur les routes du Canada et des Etats-Unis, comédienne au Théâtre des Jeunes de la Ville de Bruxelles. Fin des années 1970, elle intègre l’école internationale de théâtre Jacques Lecoq à Paris avant de rejoindre la Compagnie "Tres" au Mexique et fonder sa compagnie Gare Centrale à Bruxelles en 1984. Elle a aujourd’hui à son actif 15 créations de spectacles qui cumulent 3.500 représentations.

objet partenaire

©Kristof Vadino

En 2002, Agnès Limbos crée, avec Françoise Bloch, "Les Petites fables" qui fera l’ouverture du Théâtre des Doms à Avignon. Pour cette création, elle passe au théâtre d’objet, mélange de travail d’acteur et d’objet. "C’est la même famille que la marionnette, explique-t-elle, sauf que ce sont des objets que l’on reconnaît, dont on n’a pas changé la spécificité et que nous n’avons pas construit pour le spectacle." Ainsi, le couple qui évolue dans "Ressacs" est représenté par une figurine en plastique comme on en trouve sur les gâteaux de mariage. "L’objet est toujours un peu cliché, ajoute la comédienne, il fait partie de l’inconscient collectif."

L’acteur ou l’actrice entretient un véritable dialogue avec l’objet qui est un véritable partenaire de jeu. "Cela m’a permis d’avoir un autre regard sur le théâtre pour enfant", ajoute l’artiste.

Agnès Limbos est connue dans le monde entier pour son théâtre d’objet mais moins renommée chez nous parce étiquetée jeune public. "Je ne le vis pas comme un handicap, précise-t-elle, je n’ai jamais senti que je devais prouver quelque chose en allant vers les adultes." Elle ne prend d’ailleurs pas le focus qui lui est consacré comme une consécration. Philippe Sireuil, le directeur du Théâtre des Martyrs lui a dit: "Je ne ferai jamais ce que tu fais et cela vaut la peine d’être montré dans un théâtre traditionnel."

"On peut encore s’étonner de jeunes créateurs plutôt que d’être effrayé par l’arrivée de nouveaux."
Agnès Limbos

S’en est suivie une discussion sur les spectacles à présenter parmi lesquels signalons "Discussion avec un jeune homme", "c’est un autre rapport à l’espace qui me permet de sortir de la femme tronc et de s’éclater sur un plateau", commente Agnès Limbos. Également au menu, "Carmen" présenté par Karine Birgé de la Compagnie Karyatides, de jeunes artistes qui ont été coachés par Agnès Limbos qui accorde une importance toute particulière à la transmission. Elle voit dans le travail de cette jeune compagnie émergente une grande filiation mais "hypersingulière".

Le théâtre d’objet existe depuis 30 ans – même si Agnès Limbos est persuadée qu’il est plus vieux que cela: "je suis certaine que l’homme des cavernes jouait avec des os pour ses copains" – à l’initiative de 3 compagnies françaises qui en avaient marre d’être cataloguées marionnettistes. Depuis, le genre s’est considérablement développé, comme le théâtre jeune public dans son ensemble. À cet égard, la Belgique fait un peu figure de précurseur grâce notamment à la CTEJ (La Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse) et Noël au Théâtre. "En 1984, nous étions une quinzaine de compagnies, se souvient Agnès Limbos, aujourd’hui il y en a 80 en Belgique francophone. C’est une richesse d’être un petit pays, à Huy on peut voir tout et il n’y a pas de problème d’ego. On peut encore s’étonner de jeunes créateurs plutôt que d’être effrayé par l’arrivée de nouveaux."

Le Focus Agnès Limbos avec "Petites fables", "Conversation avec un jeune homme", "Carmen" et "Ressacs" du 12 au 26 février au Théâtre La Montagne magique et au Théâtre des Martyrs à Bruxelles, theatre-martyrs.be, 02/223.32.08.

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