chronique

Les fous rires de l'amertume

Sept veuves sur un bateau, l’une d’elles tombe à l’eau… Qu’arrive-t-il aux six autres? Et puis, que font donc ces sept jeunes veuves sur un navire?

La Compagnie Panach’Club les emmène, et nous aussi, dans une virée maritime aux prémices pour le moins tragiques. Nous sommes en 1920, et sur le bateau "L’Amertume" qui part d’Ostende, sept veuves éplorées sont réunies. Toutes ont perdu leur mari la même et tragique nuit, 8 ans auparavant; entre le 14 et le 15 avril 1912, la nuit où le fameux paquebot "Titanic", en route vers New York, a sombré au large de Terre-Neuve. Ensemble, à bord de "L’Amertume", elles s’en vont retrouver leurs chers et tendres respectifs. En effet, les dépouilles de ces derniers, leurs corps congelés, ont refait miraculeusement surface. Une dernière chance donc de leur faire de véritables adieux, de les enterrer dans les règles, mais avant tout, de les identifier formellement et… cela fait, de toucher une prime d’assurance des plus conséquentes!

Les veuves sont parties prenantes d’un jeu d’intrigues qu’elles manipulent ou subissent selon les moments.

Évidemment, ce dernier détail n’est qu’une vétille au sein de l’immense détresse émotionnelle des sept jeunes esseulées… Évidemment! Mais… jamais elles n’auront l’opportunité de revoir une ultime fois les visages des chers époux, car elles-mêmes disparaissent en pleine mer avant de les avoir atteints. "L’Amertume" sera retrouvé, errant, sans âme qui vive à son bord, sorte de Hollandais Volant des temps modernes. Mais qu’est-il donc arrivé aux sept femmes et aux trois hommes d’équipage lors de cette traversée? Le mystère est entier, sauf pour nous bien entendu, spectateurs, qui avons l’immense chance de découvrir, de manière tout à fait inédite, les derniers jours des passagers du navire fantôme.

©rv

Entre un capitaine Kirk incompétent et lubrique, son second, Mister Bones Bones, autoritaire et froussard, un pianiste muet répondant au nom de Sam, les veuves sont parties prenantes d’un jeu d’intrigues qu’elles manipulent ou subissent selon les moments. "Abysses Repetita", c’est un peu, en version comique, les "Dix Petits Nègres" d’Agatha Christie qui auraient croisé le capitaine Achab de "Moby Dick" sur le pont du "Love Boat" ("La croisière s’amuse") qui lui-même se serait fourvoyé dans le Triangle des Bermudes. C’est sous nos rires qu’une véritable intrigue se met doucement en place. Des dames et des drames, des phoques et des chocs, des hauts-fonds et faux bonds…

Théâtre

"Abysses Repetita"

Note: 4/5

De et par le Panach’Club

Mise en scène: Éric de Staercke

Si "L’Amertume", la mer tue… et parfois, elle est un peu aidée et dans ce cas, non sans humour. Et en chansons s’il vous plaît, car tout bon marin, c’est bien connu, se doit de pousser de la voix quand l’occasion se présente. On retiendra notamment la surprenante (et plutôt réussie) interprétation par la troupe du refrain du célèbre morceau de Britney Spears, "Oops! I Did It Again" et la sympathique chorégraphie de Kung-Fu marin sur l’air d’"Alexandrie Alexandra" de Cloclo. Sur cette scène plutôt mouvante, les comédiens semblent s’amuser autant que les spectateurs, une comédie simple, bon enfant, corrosive par instant. Bref, une heure et demie qu’on ne regrette pas. M.N.

Jusqu’au 31 décembre aux Riches-Claires à Bruxelles, lesrichesclaires.be, 02 548 25 80.

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