chronique

Playtime

Dans "Septième étage", aux Riches Claires, la vie de bureau est mimée de manière clownesque par des acrobates du classement, sans que jamais l’on ne fasse la grimace…

Ils sont quatre à exécuter un quadrille, d’abord couchés puis debout, lavés, rasés et café direction le bureau.

Un jeune dynamique, un autre plus jouette, le troisième plutôt dépressif, mais les trois obéissant à une chef aussi rigide que son chignon. Tout le monde travaille en cadence. Pourtant, chacun à une histoire intime, des rêves d’ailleurs qui le sont plus encore, une bulle de poésie… que la réalité du travail administratif, assommant, répétitif, vient bien vite faire éclater.

Peu de mots dans ce spectacle trépidant comme une journée travail, pulsé qu’il est d’onomatopées d’abord, puis de seulement quelques paroles. Comme dans les champs de coton, le travail au milieu du flot de paperasse s’accompagne du chant des hommes… et de celui des machines.

©Les Riches-Claires

Même soudain doués de parole, ces "Monsieur Hulot" au boulot continuent à exécuter un ballet parfaitement réglé, petits engrenages sur pattes, cherchant par l’imaginaire à sortir des rouages incessants du labeur: au travers d’une machine à café transformé en vaisseau spatial, en rêvant une grandeur aussi soudaine qu’illusoire ou à un amour impossible. Forcément, avec la supérieure…

"Septième étage" est émaillé de références désopilantes aux "Temps modernes" de Chaplin, à "Playtime" et à "Mon Oncle" de Tati (notamment pour les mots quasiment incompréhensibles qui sont parfois murmurés) au "Brazil" de Terry Gilliam, voire au sketch de la machine à écrire de Jerry Lewis. La compagnie… du "Septième étage" exécute un travail (eh oui) de pantomime remarquable, de clowns voltigeurs et de comédiens confirmés, ceci dans une chorégraphie parfaitement orchestrée et dans une harmonie totale. Leur créativité huile la description d’une routine terne – notamment dans la scène "métro-auto-moto… vélo" – et insuffle une poésie folâtre et légère qui rend cet univers quasi robotique, complètement extatique.

"Septième étage"

jusqu’au 21 mai, aux Riches Claires http://lesrichesclaires.be

De Jean Pavageau et Cie du 7e étage. Avec Emmanuel De Candido, Maëlia gentil, Sébastien Chassagne et Romain Duquesne

4/5.

 

Ces "4 fantastiques" mettent ainsi du cœur à l’ouvrage à rendre des tâches abrutissantes complètement "absurdisantes". Et cela sans accessoires ou presque, si ce n’est quelques chaises, des dossiers… Des hommes et une femme qui jouent remarquablement de leur corps-instrument, lequel dans cette description de l’univers du travail est sans conteste le plus exploité.

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