Quand Bruxelles danse à Berlin, c'est Radikal!

©Caroline Thirion

Ce week-end, Bruxelles invitait huit de ses meilleurs chorégraphes à se produire à Berlin. C’était "Radikal", un festival dense et dansé auquel nous avons assisté.

Rachid Madrane, ministre PS en charge de la Promotion de Bruxelles, est musicien à ses heures perdues et amoureux de jazz. Pour lui, cette promotion de la ville passe par l’art et les artistes. Cette évidence avait déjà présidé à l’organisation d’"Indiscipline", festival de performances made in Belgium présenté à Paris en 2016. Son succès a convaincu le ministre de remettre le couvert avec ce "Radikal" berlinois.

Il fut effectivement question de radicalité à Berlin ce week-end. C’était l’enjeu de la programmation du festival, confiée par Visit Brussels, coordinateur de l’événement, à un quatuor de curateurs affûtés: Patrick Bonté (Brigittines), Tom Bonte (Beursschouwburg), Christophe Galent (Halles de Schaerbeek) et Guy Gypens (Kaaitheater). Les quatre directeurs ont échangé leur vision de la danse contemporaine et établi une sélection d’artistes qui ont en commun d’aller au bout de leurs propositions physiques et dramaturgiques. Les spectateurs berlinois les ont découverts en nombre: certaines représentations étaient d’ailleurs sold-out.

RADIKAL, Dance from Brussels

"Not about everything", la transe moderne de Daniel Linehan était de celles-là. Durant un peu moins d’une heure, le danseur-performeur tourne sur lui-même tel un derviche tourneur. Il lit aussi des livres, déclame des textes et a beaucoup d’humour: sa danse n’est "ni thérapie, ni désespoir, ni endurance". Sa performance repousse loin les limites du corps et même si on rit, on a physiquement le tournis. Cette façon d’aller au bout de soi est aussi la proposition que fait Leslie Mannès avec son "Atomic 3001". Portée par la bande-son de Thomas Turine/Sitoid, la danseuse recrée l’ambiance visuelle et sonore de boîte de nuit aux petites heures. Pull rouge sang, pantalon moulant de la même couleur, cheveux lâchés, corps habité, elle livre durant quarante minutes un solo comme un voyage pulsé.

Hier, le spectateur de danse était charmé par des images esthétisantes. Aujourd’hui, il ressent physiquement des spectacles qui stimulent ses sens.

Dans son travail, elle raconte ces gens qui "traversent la nuit dans des endroits où se crée une force collective". Le monde de la techno lui était étranger: c’est sa rencontre avec Vincent Lemaître qui lui a permis de la ressentir. L’énergie de ses sons lui a inspiré un spectacle dopant. "La musique est comme une transe. Les spectateurs sont assis. Mon corps doit être le vecteur d’une énergie de mouvement. Pour que le spectateur bouge même s’il ne bouge pas", dit-elle. Le résultat? Envoûtant et mobilisateur.

C’est une caractéristique de cette nouvelle scène: elle transporte physiquement. Hier, le spectateur de danse était charmé par des images esthétisantes. Aujourd’hui, il ressent physiquement des spectacles denses qui stimulent ses sens par la musique, la lumière et les corps engagés des artistes. Quand ces spectacles ne le mettent pas carrément en mouvement…

Médiation

C’était le cas avec "Walking the Line", de Benjamin Vandewalle. Le danseur s’est inspiré de méditation pour concevoir son spectacle. Un spectacle tout sauf immobile puisqu’il s’agit d’une déambulation guidée. Masque-visière et mains fixées aux épaules de son voisin, le spectateur parcourt la ville les yeux tantôt fermés, tantôt ouverts sur les indications du chorégraphe. Yeux fermés, il ressent les bruits, les odeurs, la matière du sol. Yeux ouverts, il aperçoit par la lucarne de son masque la ville par petits bouts, ceux qu’a sélectionnés Benjamin Vandewalle pour traduire la complexité de la cité.

Une expérience bouleversante autant qu’apaisante. De la même façon, Ayelen Parolin ("Hérétiques"), Louise Vanneste ("Gone in a heartbeat"), Samuel Lefeuvre ("monoLOG"), Louis Vanhaverbeke ("Multiverse") et Salva Sanchis ("Radical Light") ont également offert au public berlinois leurs propositions radicales. Gabriel Schenker complétait la liste mais un problème de santé, la veille de son départ, a privé le public de son prometteur "Pulse Constellations". Seul bémol: l’absence de programmateurs dans la salle… À revoir pour la prochaine édition, en Italie, dédiée au cirque.

Info & vidéo: www.radikal.brussels

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content