Quatre salariées et un harcèlement

©Bernadette Mergaerts

"Hard copy" démonte le processus du harcèlement moral en partant d’un fait anodin qui finira par faire basculer le bouc émissaire dans l’enfer.

Quatre femmes semblent s’éveiller. Une voix off les présentependant qu’elles s’habillent à l’identique: tailleur et jupe étroite rouges, chaussures à talon, rouges. Elles ont une situation familiale identique – un mari, un garçon de 12 ans et un bébé fille –, elles travaillent dans le même bureau pour le Groupe. Leurs conversations ont tout de la banalité des retrouvailles du lundi matin: le week-end en amoureux dans les châteaux de la Loire, la petite qui ne fait pas ses nuits, l’accomplissement que constitue le fait d’être mère, la nécessité de rester une femme, une amante et les parties de jambes en l’air dans le bureau du chef du service. Dans cet univers de femmes formatées par la société de consommation, toutes se battent pour ressembler à la femme parfaite.

Mais le feu couve sous cette apparente normalité. Une petite phrase maladroite de Rose va déclencher une hostilité croissante chez ses collègues à son égard. Douce mène les premiers assauts et est vite rejointe par Blanche et Belle. Cette dernière a bien quelques hésitations avant d’être contaminée par le groupe. Cela commence par des traits d’humour de plus en plus affûtés, les petites piques s’accumulent avant de basculer dans une violence destructrice pour Rose.

Le texte d’Isabelle Sorente (publié chez Actes Sud Papier en 2001) utilise le ton de l’humour pour dépeindre ce processus horriblement fascinant du harcèlement et pose la question de la conformité et de la différence. La multiplication des clichés souligne l’importance des codes dans ce phénomène de groupe. "L’identité du groupe se fortifie par l’exclusion", commente Alexis Van Stratum, le metteur en scène. Et il est vrai que ces femmes empreintes de douceur et de féminité se révèlent redoutables, sans aucun scrupule ni état d’âme lorsqu’elles fondent sur leur proie qu’elles ne lâcheront qu’après qu’elle ait rendu son dernier souffle.

Empruntant l’esthétique aux archétypes des publicités des années 50, les vêtements donnent aux femmes une démarche particulière imposée par des jupes droites comme des carcans. Le rouge "passion" tranche dans un décor dominé par un blanc sans chaleur. Chacun des personnages dispose d’une table sur roulettes comme bureau. De hauteurs différentes, elles se déplacent dans l’espace en fonction de ce qui s passe, ce qui insuffle une dynamique supplémentaire dans le jeu. Les quatre comédiennes (Caroline Kempeneers, Cachou Kirsch, Isabelle Renzetti et Aurélie Vauthrin-Ledent) sont remarquables d’énergie et de justesse pour camper ces hargnes intransigeantes et leur victime dépitée. Et la pièce illustre parfaitement la statistique selon laquelle un salarié sur quatre est victime de harcèlement.

"Hard copy" jusqu’au 28 février au Théâtre Marni à Bruxelles, www.theatremarni.com, 02 639 09 82.

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