Un Frankenstein visuellement envoutant à La Monnaie

©B. Uhlig

Le "Frankenstein" de Mark Grey et d’Àlex Ollé, création mondiale à La Monnaie, privilégie l’émotion visuelle aux questions philosophiques. Entre performances d’acteurs et scénographie choc.

Opéra
OPÉRA

"Frankenstein"

Note : 4/5

Àlex Ollé, mise en scène (La Fura dels Baus). Bassem Akiki, direction musicale.

Jusqu'au 20/3/19 à La Monnaie (Bruxelles)

Adapter "Frankenstein" à l’opéra du XXIe siècle est une mission d’autant plus délicate que l’imaginaire collectif a figé le mythe sous les traits de Boris Karloff. Évoquer, pour son bicentenaire, toute la modernité faustienne du roman de Mary Shelley, publié en 1818, exigeait de s’en détacher pour mieux la servir.

C’est donc au départ d’une relecture théâtrale forte, qui projette Frankenstein et son monstre dans un futur polaire, que le catalan Àlex Ollé (La Fura dels Baus) a conçu cet opéra en collaboration avec le compositeur américain Mark Grey. La matrice initiale a cependant bel et bien été pensée par un envoûteur du visuel. Et c’est cette dimension qui s’impose d’emblée, autant par son impressionnant dispositif technique que par une réalité virtuelle phagocytant par instants tout le volume scénique.

Diablement efficace, au risque de voir l’omniprésence du décor se faire omnipotence. L’action y perd parfois en intensité, d’autant que le livret est le point faible de cette production peu banale.

Extrait du spectacle

"Sound designer" de John Adams

Reste que le premier acte est époustouflant, avec ses allers-retours entre "Star Wars" et "Meurtre dans un jardin anglais". Difficile ensuite, pour la seconde partie, d’encore créer la surprise, hormis une scène digne d’une arrière-boucherie lorsque Victor essaie, à coups de hachoir, d’offrir à sa Créature un pendant féminin. Un Frankenstein halluciné, campé à la perfection par le baryton texan Scott Hendricks, comédien démoniaque aux graves en béton. Choix idéal aussi que celui du ténor finlandais Topi Lehtipuu, dont la troublante tessiture proche de l’alto et l’impressionnante conquête physique du rôle donnent au monstre une épaisseur émouvante.

Pour accompagner tout cela en musique, Mark Grey, qui fut longtemps le "sound designer" de John Adams, joue la modernité sans l’avant-garde. Férue d’électroacoustique et de "surrounding" cinématographique, sa partition propose une mosaïque sonore en symbiose avec la scène, requérant force cuivres pour marteler les instants poignants ou invitant les violoncelles à de plaisantes mélodies.

Le premier acte est époustouflant, avec ses allers-retours entre "Star Wars" et "Meurtre dans un jardin anglais".

Cette musique-là tient du patchwork, habilement cousue par le chef Bassem Akiki, enchaînant un crescendo d’entrée soufflant, quelques duos et trios comme cela se doit à l’opéra, mais aussi de belles lignes vocales dévolues à l’excellente soprano allemande Eleonore Marguerre.

Elle est la douce Elisabeth, la femme de Frankenstein. Elle est la seule personne aimable – entendez "à aimer". Elle doit donc mourir, victime innocente mais expiatoire de la déraison dans une histoire de fous. Celle dont le monde actuel écrit déjà les prochains chapitres.

>Jusqu'au 20/3/19 à La Monnaie (Bruxelles)

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Partner content