chronique

Une lutte amor

Sandrine Laroche et Pietro Pizzuti se livrent à un duel magnifique dans les ruines d’une passion, chacun montant tour à tour à l’assaut de l’autre…

Une lampe, intense, pend et éclaire un plateau, celui d’un ring invisible: deux êtres déposent leur veste en son bord, pour se faire face en son milieu. Ou plutôt non: l’homme grimpe sur un balcon, pour prendre de la hauteur, de la distance avec la vie qu’il va quitter, avec elle, cette femme qui le regarde: étonnée puis stupéfiée. Il entame son discours malhabile, son entreprise de destruction et d’autojustification incertaine, formulant questions et réponses, passant en revue les méfaits de cette relation qu’il va rompre. Car ce n’est pas Audrey que Stan détruit à la baïonnette dans un corps à corps où il s’agit de réduire le regard de l’autre en cendres, mais c’est ce qu’ils formaient: ce nous que "je" détruis et "tu-e".

Elle, vestale sculpturale, ne dit rien. Elle est dans les cordes, sonnée par les uppercuts, les directs qui pleuvent de partout. Un balayeur survient et nettoie les taches invisibles, le sang incolore que les mots ont laissé.

©Andrea Messana

A son tour, Audrey quitte son coin, laisse les larmes, prend les armes, sans prendre de gants, le prend "aux mots". Elle le frappe par sa grossièreté, là où il fut vulgaire. Elle l’attaque, bille en tête: il a détruit leur amour, elle va le détruire… Stan lui tourne le dos, tente d’éviter les coups alors qu’elle détricote son discours poing par poing. Ils sont parvenus ensemble au septième ciel: leur paradis perdu, les voici seuls, chacun en enfer. Et c’est Eurydice pourtant qui cette fois tente encore en vain de sortir le narcissique Orphée du monde des amours mortes.

Ils sont parvenus ensemble au septième ciel: leur paradis perdu, les voici seuls, chacun en enfer.

"Clôture d’un couple", un texte fort, puissant, corporel de Pascal Rambert, cette litanie des vieux amants, cette lutte entre le souvenir par l’objet et celui par le moment, qui dit l’amour qui a été et qui n’est plus, les corps qui ont vibré et qui sont des cadavres inertes, les friponneries délicieuses de Fragonard qui s’écaillent pour révéler des natures désormais… mortes.

Il est porté, soulevé même, par deux boxeurs dans la mise en scène limpide de Sandro Mabellini, deux duellistes jouant du verbe et puis du silence, du corps puis du regard…. Pietro Pizzuti, parfait en fugueur incertain, en bretteur craignant la réplique face à Sandrine Laroche: d’abord sculpture mouvante et silencieuse, éprouvée, louve blessée protégeant sa portée sa tanière; puis Héra vengeresse, voire déesse de la guerre implacable qui ne fait pas de prisonnier même en amour, quoi qu’il dise, tentant une dernière fois encore de pactiser, de pacifier, de pardonner.

théâtre

"Clôture de l’amour"

De Pascal Rambert, mise en scène de Sandro Mabellini. Avec Sandrine Laroche et Pietro Pizzuti.

4/5

Jusqu’au 17 décembre au Théâtre de la vie à Bruxelles, www.theatredelavie.be, 02 219 11 86.

 

Dans un dernier assaut, final, Audrey arrache le cœur de celui qui est désormais son ennemi, reprend le sien avant de laisser un Stan mourant, de le quitter, digne dans son armure de chagrin.

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