"Vortex", l'œuvre d'art qui fait avancer la science

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Quand un artiste, Eric Arnal Burtschy, se met à phosphorer avec des ingénieurs de Safran, l’impossible ne résiste pas très longtemps.

Être plongé dans l’obscurité complète et voir émerger autour de soi une colonne d’eau, un tourbillon lumineux de près d’une dizaine de mètres de haut, c’est l’expérience exceptionnelle proposée par Eric Arnal Burtschy dans son installation "Vortex". Si l’œuvre promet d’être monumentale par sa taille, elle l’est aussi par l’amplitude d’une collaboration singulière entre un artiste, une entreprise, des scientifiques et des ingénieurs. Artiste performeur, initialement formé à la danse, Eric Arnal Burtschy aime travailler les questions métaphysiques et interroger la place du spectateur. Après "Deep are the woods", forme d’écriture de la lumière, et "We are the wind", sondant l’être ensemble à travers une recherche sur l’univers, il s’aventure avec "Vortex" à explorer l’origine, fasciné par cette inconnue cosmologique qu’est "l’avant big bang". "Toutes les sociétés humaines tentent de répondre à ces questions, souvent avec des mythes. Et ce qui est intéressant, c’est que, souvent, au début, il est question d’un rien, ou bien d’eau. Il y a toujours cette obscurité et de l’eau. Et le projet parle de cela", résume-t-il.

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Au détour d’une réunion informelle au Théâtre de Liège, le directeur de Safran Aero Boosters entend parler du projet de l’artiste, un genre de centrifugeuse à eau enveloppant le public. Si l’idée séduit directement Yves Prete, il a fallu un dispositif et un travail d’une complexité rare pour la concrétiser. Un séminaire d’idéation est organisé autour du projet. L’idéation, c’est le processus et le dispositif qui permettent de produire une rencontre entre différentes compétences, de les faire converger jusqu’à produire une idée. "Plus il y a de différences, de vécus diversifiés et de compétences variées, plus il y aura d’idées intéressantes", explique Vincent Duprez, directeur de l’innovation chez Safran Aero Boosters, qui insiste également sur le rôle du hasard dans la réussite. Le hasard d’une rencontre, le hasard qui transporte une idée d’un domaine à l’autre.

Une hybridation délicate

C’est cette capacité à mêler les compétences, à confronter les domaines et à accepter les échecs qui ont permis à cette collaboration entre Eric Burtschy et le motoriste aéronautique liégeois d’être une réussite. Et c’est bien la collaboration qui a été la clef de voûte. Car ce n’est pas un artiste travaillant pour des scientifiques ou l’inverse, mais bien des ingénieurs, des scientifiques (le CNRS de Marseille qui travaille sur un mouvement cyclonique de type vortex sur Jupiter a également participé) et un artiste qui travaillent ensemble. Les connaissances, les désirs, les a priori doivent être bousculés par cette hybridation. "Le fait de travailler avec un artiste est intéressant parce qu’on est obligé de poser nos crayons et de réinventer. On commence par dire ‘mais ce n’est pas possible’ et puis il y a des choses qui sortent", raconte Nicolas Reymaeckers, ingénieur et membre de la direction du pôle innovation. De l’autre côté, ce sont les contraintes techniques et les différentes idées scientifiques qui ont obligé l’artiste à travailler son œuvre d’une certaine manière et qui ont aussi stimulé sa créativité. Les disciplines se nourrissent mutuellement. Travailler sur cette idée de vortex a également fait naître quelques idées dans le chef des ingénieurs en aérodynamique, bien que ça ne fût pas le but initial de la collaboration.

"La plupart des collaborations entre artistes et entreprises sont des échecs complets."

La réussite a donc été créative au sens artistique mais aussi scientifique. En effet, cette œuvre qui, selon le témoignage de l’artiste, avait été jugée impossible à réaliser par bon nombre d’autres ingénieurs, est aujourd’hui devenue un objet scientifique étudié par le CNRS en France. Cela dit, le résultat de cette collaboration est un fait extrêmement rare. Eric Burtschy précise bien que "la plupart des collaborations entre artistes et entreprises sont des échecs complets, souvent pour des raisons de divergences d’intérêts". Le projet "Vortex" a eu la chance de rejoindre en un sens les recherches de Safran Aero Boosters, dont le pôle innovation compte une quinzaine d’ingénieurs travaillant sur des projets sans rentabilité immédiate.

Ce travail de collaboration pourrait lui-même devenir objet d’étude tant la réussite de cette hybridation suscite curiosité et intérêt. "Avec ce type de processus, tu es surpris par les idées qui viennent et par l’impressionnante génération de possibles également", observait encore un peu ébahi Eric Arnal Burtschy.

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