Au bon vieux temps de l'Inquisition

©Nathalie Borlee

La metteuse en scène Christine Delmotte s’est risquée à l’exercice d’adapter un roman de Marguerite Yourcenar à la scène.

"L’Œuvre au noir" prend racine dans la Flandre du XVIe siècle dominé par l’obscurantisme religieux. Cette Flandre est celle de Zénon, médecin, alchimiste et philosophe de son temps. Enfant illégitime né à Bruges en 1510, il est élevé par sa mère, puis par le chanoine Bartholomée Campanus. Adepte des voyages et des pèlerinages, Zénon va découvrir le monde avant de revenir dans sa ville natale pour y poursuivre son travail de médecin. Or, l’Inquisition est, à l’époque, très active et ses recherches et ses publications sont mal perçues. Sous le nom de Sébastien Théus, il continuera néanmoins sa pratique de la médecine, mais sera finalement arrêté et enfermé dans une prison où il se donnera la mort.

©Nathalie Borlee

Sur scène, six comédiens donnent vie et voix au personnage de Zénon. La représentation s’ouvresur un chant collectif, à partir duquel émergera un premier dialogue entre Zénon, parti vers Saint Jacques de Compostel, et son cousin Henri-Maximilien. Les deux acteurs, pieds nus, en jeans et en chemise s’affrontent dans un dialogue fidèle au texte initial, sans que le caractère anachronique de leurs costumes ne les discrédite. C’est d’ailleurs là que réside l’originalité de la pièce: dans l’équilibre – pourtant instable – entre le récit historique de l’œuvre et la modernité de sa mise en scène. Les riches bourgeois de cette Bruges du seizième siècle sont représentés par de simples iconographies, maniées par deux comédiens. Il y a assez peu d’artifices dans la représentation: une table en bois sert successivement de banc, d’abri et de porte de cachot; des chaises, quelques bougies et un écran discret sur lequel défilent quelques indications spatio-temporelles. Cette Bruges d’autrefois nous paraît donc beaucoup plus proche et plus légère.

La pièce est rythmée par des variantes dans la distribution scénique et par de judicieux changements de tons. Les comédiens vont jusqu’à jouer le rôle de la voix off, celle du narrateur. Sans dévoiler l’intérêt de la pièce, il faut souligner les prestations vocales de la jeune soprano Soumaya Hallak qui apportent un vrai dynamisme à la représentation.

Porter à la scène "L’œuvre au noir" n’était pas une tâche facile, mais Christine Delmotte a su s’entourer d’une très bonne distribution (Stéphanie Blanchoud, Serge Demoulin, Soumaya Hallak, Nathan Michel, Dominique Rongvaux et Stéphanie van Vyve) et déjouer les pièges du texte initial en lui donnant une vraie modernité. à l’issue de la représentation, on a même envie de relire le texte de Yourcenar…

"L’œuvre au noir" au Théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles, jusqu’au 14 février. 02 223 32 08, www.theatredesmartyrs.be.

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