chronique

Au cœur de la migration

Impossible de passer à côté de ce spectacle qui retrace avec intelligence, humour et émotion les parcours de demandeurs d’asile et s’interroge sur la politique européenne en matière d’immigration et ses enjeux économiques.

Le naufrage près de l’île de Lampedusa qui a coûté la vie à 366 personnes en 2013, les clandestins qui se cachent dans le train d’atterrissage des avions, ceux qui traversent les mers avec des chambres à air, la carte des différents flux migratoires d’Afrique vers l’Europe, les procédures de demande d’asile… Beaucoup de facettes de la migration sont abordées dans "Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu" qui se joue au Théâtre National jusqu’au 31 janvier, puis à l’Eden à Charleroi du 2 au 5 février dans le cadre du "Festival Kicks!". Cette création théâtrale réunit sur scène des comédiens professionnels – Jérôme de Falloise, Romain David, David Botbol, Anne-Sophie Sterck, Yaël Steinmann, Sarah Testa, Anja Tillberg – membres du NIMIS Groupe mais aussi des acteurs amateurs, témoins directs de la condition des migrants. Ce qui apporte une dimension supplémentaire à ce spectacle.

©Véronique Vercheval/Théâtre National

On pourrait craindre la dureté du sujet, sa complexité, mais la mise en scène est intelligente, créative, ne cédant jamais au pathos, portée par des acteurs engagés. Un spectacle très rythmé donc, où les séquences plus didactiques sont traitées avec finesse et les propos soulignés par des enregistrements audio, des vidéos, de la danse… Il y a beaucoup de moments drôles – l’humour se voulant grinçant parfois, jouant du cynisme ou de l’absurdité de certaines situations –; des moments poétiques; d’autres plus poignants, forcément. La force de "Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu", c’est d’aborder la politique de l’Europe en matière d’immigration et d’asile en partant de l’humain, de tranches de vie d’ici et de là-bas. Le spectacle soulève aussi les enjeux économiques liés au contrôle des flux migratoires. "On questionne le lien entre la migration clandestine et le marché autour de la sécurisation des frontières", commente l’un des comédiens, Jérôme de Falloise.

Jusqu’au 31/1 au Théâtre National, boulevard Emile Jacqmain 111-115, 1000 Bruxelles. 02/203.53.03, www.theatrenational.be. Ensuite du 2 au 5 février à l’Eden, boulevard Jacques Bertrand 1-3, 6000 Charleroi. 071/20.29.95, www.eden-charleroi.be

Le propos est très documenté, fruit de plusieurs années de recherches, de lectures ("Xénophobie Business" de Claire Rodier et www.themigrantsfiles.com, entre autres), de rencontres avec des acteurs de terrain, d’ateliers menés avec des demandeurs d’asile. Pour contextualiser cette création, des rencontres, projections et débats sont organisés à l’issue des représentations au National. De quoi nourrir la réflexion et favoriser les échanges. "On a souhaité que des demandeurs d’asile assistent au spectacle, explique Jérôme de Falloise. C’est fondamental qu’ils soient là. Cela crée une dynamique dans le public. On veut travailler à ce que des personnes qui ne sont pas amenées à se rencontrer se rencontrent. C’est une manière de lutter contre la peur de l’étranger."

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