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Aurélien Rondeau (Théâtre du Train Bleu): "On aimerait faire davantage avec la Belgique"

Sacrée meilleure comédie 2019 aux Prix Maeterlinck de la Critique, "Desperado" débarque au Train Bleu. ©Alice Piemme

Créé en 2018, le Théâtre du Train Bleu est le dernier lieu à la mode dans le off d'Avignon. Rencontre avec Aurélien Rondeau, coresponsable de l’administration et de la programmation.

Aurélien Rondeau, vous en êtes à votre 3e festival depuis la création du Train Bleu: quel a été le déclencheur?

C’est avant tout une histoire de copains, avec un fonctionnement assez horizontal. On est cinq codirecteurs et plusieurs d’entre nous se connaissent depuis leurs études. On a beaucoup fréquenté le Festival d’Avignon in et off à différents postes – mise en scène, jeu, production. C’était notre rendez-vous annuel et on s’est toujours dit que certaines choses pourraient être mieux faites. On avait envie d’avoir un théâtre dans les conditions les plus professionnelles possibles pour être vraiment utile aux compagnies. Il existe des réseaux régionaux qui fonctionnent bien, mais c’est plus compliqué de rayonner au niveau national et international. Tout l’objet du Train Bleu est d’être à l’appui du développement des compagnies avec lesquelles on travaille, pour les aider à sortir de leur région d’origine. C’est la mission qu’on s’est donnée.

Vous fonctionnez avec une vraie programmation, chose rare dans le off, mais vous restez un théâtre privé…

On porte une vraie ligne artistique, ce qui crée une effervescence et une émulation qui font que les choses circulent bien. On est là pour créer les conditions de la rencontre entre les projets et le public, les pros et les compagnies elles-mêmes. Chacune achète un ensemble de services, qui comprend la location d’un créneau horaire en salle, mais aussi tout le travail réalisé à l’année pour faire venir les programmateurs pendant le festival. Tout le travail de communication, de diffusion et de réseautage, c’est nous qui le faisons.

"Les compagnies sont créatives, à nous de répondre à leur créativité en créant les conditions de cette décentralisation."

Vous programmez aussi parfois des créations belges, comme "Desperado", repéré au Varia?

On a de nombreuses envies, mais il faut aussi des moyens! En ce qui concerne la Belgique, on aimerait faire davantage, notamment en lien avec l’Amicale de production, basée à Lille et Bruxelles, par qui on a découvert "De la sexualité des orchidées". On travaille aussi avec la sélection suisse en Avignon, SCH, qui fait un travail de repérage, et on se rend au Québec une fois par an. Cette année, on travaille activement avec le Théâtre des Doms et la Manufacture sous l’égide de l’Institut français, qui propose dans ces trois lieux un "focus international" pour les pros pendant quatre jours.

La liste des spectacles proposés est impressionnante et, pour la première fois cette année, vous offrez aussi des projets hors les murs?

L’idée est d’être au plus proche des demandes des compagnies, ce qui conduit à une multiplicité des projets. On organise 400 représentations en trois semaines, ce qui nécessite une coordination technique énorme. Certains jouent en alternance ou sur une semaine. Dans nos deux salles, ce ne sont que des reports de l’édition 2020, ce qui est une grande fierté, car on a su travailler en solidarité avec les équipes: toutes les compagnies ont répondu favorablement à cette proposition! À la faveur de la crise, on a eu davantage de temps pour développer nos projets hors les murs: des spectacles qui ne sont pas créés pour être joués en salle, mais en déambulation ou sous chapiteau, et même un spectacle lecture en direct sur WhatsApp! Les compagnies sont créatives, à nous de répondre à leur créativité en créant les conditions de cette décentralisation…

"On ne se fixe pas de ligne éditoriale. La cohérence vient de notre sensibilité, en corrélation avec le modèle économique du théâtre."

Comment nommer les émergences que vous détectez? Y a-t-il un fil rouge dans la programmation?

On ne se fixe pas de ligne éditoriale. La cohérence vient de notre sensibilité, en corrélation avec le modèle économique du théâtre. Les compagnies nous sollicitent, nous répondons avec notre sensibilité – politique, contemporaine, documentée – mais ce qu’il en ressort n’est pas homogène. On n’est pas fixé sur une thématique ou un genre. Un des enjeux sous-jacents est aussi géographique: nous choisissons des projets qui viennent de l’ensemble des régions de France, pour que les réseaux se croisent au maximum. Cette saison s’annonce bien. Il y a évidemment une grande incertitude, mais les conditions sont favorables. Nous devons surtout rassurer le public et communiquer sur nos modalités d’accueil responsables.

À l'affiche au Train Bleu

"De la sexualité des orchidées" > du 7 au 12 juillet à 18h05

Comment mener une réflexion sur le vivant et sur la vie elle-même en parlant de la reproduction des orchidées? La comédienne Sofia Teillet a relevé le défi sous la forme d’une conférence-spectacle audacieuse, coproduite par l’Atelier 210, dont on se réjouit qu’elle soit programmée à Avignon cet été! Emportée par son sujet, la pseudo-conférencière décrit le processus de reproduction de la star des fleurs avec jubilation: analyse détaillée de la façon dont le pollen passe du sexe masculin au sexe féminin, réflexion existentielle sur l’avenir de la graine ainsi instillée, interrogation sur sa germination, dissertation éthique sur sa collusion symbiotique avec un champignon… Sans jamais perdre son public, Sofia Teillet décrit, digresse, s’interroge, juxtapose les êtres vivants : humains, orchidées, baudroies des abysses…

"Desperado" > du 7 au 26 juillet à 22h20

Sacrée meilleure comédie 2019 aux prix Maeterlinck de la critique, "Desperado" débarque au Train Bleu pour distiller son humour multilingue, deux compagnies belges s’étant rassemblées pour créer cette version francophone du succès de Ton Kas et Willem de Wolf, duo qui a enflammé les Pays-Bas avec une vingtaine de spectacles. Sur scène, Marc, Bruno, Michel et Eddy se retrouvent chaque fin semaine pour parler du monde, du boulot, des femmes et de la vie. Quatre anti-cowboys qui pensent, rêvent et ressassent leur vie quotidienne sans admettre leurs faiblesses de héros blessés dans leur amour-propre. Le texte de Kas et de Wolf n’est pas sans rappeler le style propre à la compagnie néerlandophone Tristero, ni celui de ses comparses de la compagnie francophone Enervé, qui cosignent cette adaptation très réussie, coproduite par le Théâtre Varia et le Théâtre de l’Ancre.

Théâtre du Train Bleu, jusqu’au 27 juillet, 40 rue Paul Saïn, 84000 Avignon, www.theatredutrainbleu.fr

Les phrases clés

  • "Tout l’objet du Train Bleu est d’être à l’appui du développement des compagnies avec lesquelles on travaille, pour les aider à sortir de leur région d’origine."
  • "On aimerait faire davantage pour la Belgique, notamment en lien avec l’Amicale de production, basée à Lille et Bruxelles."
  • "Les compagnies sont créatives, à nous de répondre à leur créativité en créant les conditions de cette décentralisation."

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