Aux Brigittines, le corps comme caisse de résonance

Ayelen Parolin et Lea Petra (piano) dans WHEREVER THE MUSIC TAKES YOU II ©Hofmann

Les Brigittines accueillent 2 chorégraphes emblématiques, Ayelen Parolin et Marielle Morales pour deux créations poétiques et charnelles qui soumettent, coup sur coup, le corps aux vibrations du monde.

Danse contemporaine

1. "En effet" (20h30)

de Marielle Morales / Cie Mala Hierba

2. "Wherever the music takes you II" (21h15)

d’Ayelen Parolin et Lea Petra

Note: 5/5

Jusqu'au 2/3 aux Brigittines (Bruxelles): GOOGLE MAP

Jusqu’au 2 mars, Les Brigittines présentent les performances "Wherever the music takes you II" d’Ayelen Parolin et Lea Petra, et "En effet" de Marielle Morales (>ici, le teaser sur Vimeo). Les deux chorégraphes ont des styles et des approches très différents du travail chorégraphique et de l’expérimentation corporelle. Reste qu’il est possible de sentir un terrain commun entre leurs deux performances.

Cette vision commune semble être celle de l’emprise, d’une forme d’aliénation qui se confronte toujours avec quelque chose qui leur échappe, ou qui se transforme en une force vive. Ayelen Parolin expliquait d’ailleurs être captivée par "le fait que les opposés se rejoignent", par "la situation de lutte entre les choses contraires". Entourées des magnifiques briques de la chapelle des Brigittines, à Bruxelles, éclairées par un lustre massif, ces luttes, ce passage du geste frénétique à un rythme plus vivant se font voir, entendre et sentir grâce à cette double proposition faite chaque soir au spectateur.

Ayelen Parolin et Lea Petra (piano) dans WHEREVER THE MUSIC TAKES YOU II ©Hofmann

On assiste en effet à "une relation instable, un travail non linéaire" entre la partition du corps et celle de cet instrument élaboré par Lea Petra, un piano droit qui n’en est plus tout à fait un, qui se transforme en un laboratoire de sons, en un instrument de percussion (les marteaux du piano heurtant des planches en bois ou des couvercles en métal, déposés ou jetés au fur et à mesure par l’artiste).

Ces sons rencontrent la chorégraphie tantôt nerveuse et violente, tantôt drôle et innocente de Parolin. Une performance complète, de la scénographie à la mise en scène de leur duo, qui fait sentir l’aspect viscéral d’un contrôle absolu et la transgression qu’elle lui inflige.

Vibrer devant les spectateurs

Quant à Marielle Morales, elle est partie d’un constat: "En 50 ans, le volume sonore dans les villes a doublé et cela a forcément un effet sur les corps. Nos cellules ne respirent plus de la même manière". Et de travailler avec différents spécialistes pour pouvoir envisager concrètement cet impact du son et le faire vibrer devant et avec les spectateurs.

Marielle Morales dans "En effet" ©Sara Sampelayo

Dans une ambiance sombre, qui a quelque chose d’abyssal, le corps évolue avec des sons aussi divers que ceux de la pluie, d’un bruissement tranquille, d’un vrombissement massif, mais aussi avec la lumière (le régisseur lumière fait d’ailleurs partie intégrante de la chorégraphie). Le spectateur est inévitablement en prise avec cet éventail sonore et entre en contact avec les manifestations qu’il imprime au corps de la chorégraphe. Un corps qui passe de gestes souples à la possession, qui s’affaisse, se redresse, s’exprime et exprime ce que le son fait vibrer en lui avec une virtuosité hypnotique.

En création jusqu’au 2/3 (20h30): www.brigittines.be - GOOGLE MAP

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect