Avignon OFF, à l'ombre des remparts

Ce petit lieu intra-muros entièrement rénové est le "bébé" de deux passionnés d’arts de la scène. ©Véronique Vercheval

Interview | Avec le festival OFF, le Théâtre Épiscène offre une nouvelle scène aux artistes belges à Avignon, différente des Doms. Donneur de parole, le programme se veut avant tout éclectique.

Inauguré l’an dernier, le Théâtre Épiscène entame son deuxième festival OFF avec l’ambition d’offrir aux artistes belges une nouvelle scène à Avignon, totalisant près de 200 représentations sur un mois. Ce petit lieu intra-muros entièrement rénové est le "bébé" de deux passionnés d’arts de la scène, Patrick Donnay, comédien au Théâtre national et fondateur du Festival Paroles d’Hommes, et Jeannine Horrion, qui rêvait d’ouvrir un théâtre dans la cité des papes.

Comment définir l’identité de ce nouveau lieu?
Patrick Donnay: Nous avons voulu créer un nouveau théâtre "belge", différent des Doms, pour accueillir les compagnies qui souhaitent avoir une visibilité ici et qui ne rentreraient pas dans la programmation des Doms. L’an dernier, on a surtout programmé de gros succès belges, en fonction des théâtres qui sont venus nous trouver – le National, le Rideau, les Martyrs, le Public… On a eu une programmation exceptionnelle, c’était formidable. Cette année, nous avons fait des choix moins convenus, plus éclectiques. Nous proposons des spectacles variés, mais qui portent toujours un regard sur le monde qui nous entoure.

"Ce que le théâtre belge a à proposer attire. Ce n’est pas le même esprit que le théâtre français."
Jeannine Horrion

Jeannine Horrion: Nous sommes des passeurs de paroles, profondément convaincus de la nécessité de la culture et des arts en général. Nous accueillons toutes les formes de théâtre, du classique au contemporain, du cirque aux spectacles musicaux, en passant par le théâtre gestuel ou encore le théâtre d’objets, avec une porte ouverte à la jeune création.

Comment se positionner face à une offre déjà si abondante?
J.H.: Patrick et moi avons mis en commun nos forces respectives pour créer une émulation entre troupes et avoir une belle énergie, qui mette en lumière la création belge. La force de Patrick, c’est sa ligne de programmation et son réseau étendu. Quant à moi, j’œuvre à l’encadrement et à la logistique pour soulager les compagnies. La vie à Avignon est difficile pour les artistes. Nous faisons tout pour offrir un accueil parfait et sympathique à ceux qui choisissent de travailler avec nous. Une fontaine d’eau, une douche, une cantine "maison", un lieu de résidence toute l’année… On mutualise aussi les charges de transport, d’affichage. On pourrait penser que ce sont des détails sans importance, mais c’est plutôt rare dans le OFF!

Le festival, c’est seulement un mois par an…
J.H.: C’est pourquoi nous souhaitons fonctionner progressivement toute l’année, en faisant revenir des spectacles déjà programmés ou de jeunes artistes qui ont effectué une résidence ici. L’idée est aussi de se fédérer avec d’autres théâtres d’Avignon qui ont une programmation hivernale, de chercher des mécènes privés, des entreprises sensibles à la culture belge. C’est un travail de sensibilisation de longue haleine. Nous sommes aussi partenaires de la maison du tourisme d’Avignon, ce qui est le cas de seulement 20 théâtres. On a une vraie volonté de s’inscrire dans le paysage culturel avignonnais, tout en gardant notre personnalité. Ce que le théâtre belge a à proposer attire. Ce n’est pas le même esprit que le théâtre français.

P.D.: On espérait pouvoir obtenir une petite subvention de Rudy Demotte, mais il a refusé sous prétexte qu’il finance déjà les Doms. Pourtant, on ne demande pas une somme importante, on serait déjà heureux avec 10.000 euros…

Avignon, c’est toujours "le" lieu où montrer son travail?
P.D.: C’est une opportunité rare mais pleine de dangers. Des centaines de programmateurs se déplacent chaque été pour faire leur marché. C’est l’endroit où il faut être si on veut que son spectacle voyage. Chaque compagnie a son chargé de diffusion, et nous possédons un fichier qui nous a permis de contacter 4.800 professionnels. 358 sont venus l’an dernier, ce qui a débouché sur de belles tournées pour certains spectacles. Les compagnies qui viennent chez nous paient le créneau horaire de la salle, mais toute la recette est pour eux, ce qui n’est pas le cas de tous les théâtres avignonnais! Notre objectif est qu’elles puissent au moins se rembourser avec la recette obtenue.

Théâtre Épiscène, à Avignon, www.episcene.be; réservations via www.avignonleoff.com

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