"C'est si bon", le destin d'Yves Montand

©Fabienne Rappeanau

Molière 2017 du spectacle musical, "Ivo Livi ou le destin d’Yves Montand" nous emmène en fanfare sur les traces d’un jeune immigrant italien bien décidé à conquérir Paris…

Du début des années 50 à sa disparition prématurée en 1991, il fut l’un des acteurs préféré des Français. On se souvient de lui dans une douzaine de films emblématiques, du "Salaire de la peur" à "Jean de Florette", en passant par "La folie des grandeurs" et "César et Rosalie". Mais Yves Montand ne s’est pas toujours appelé Yves Montand; pour le devenir, il a fallu gravir bien des marches. Des quartiers populaires du Marseille des années 20 – où existe un racisme anti-italien, jusqu’au Paris mythique des années 50 – où Edith Piaf règne sans partage, nous sommes invités à suivre les pas d’un grand jeune homme conquérant, militant, surdoué (mais timide), et qui sera jusqu’au bout conscient que la plus grande richesse est d’apprendre.

Pour nous conter cette histoire qui va pratiquement traverser tout le XXe siècle, la troupe a décidé d’unir la forme et le fond: cette accession au statut de roi du music-hall, on la racontera en danses et en chansons. Grâce à la souplesse vocale et physique des cinq comédiens, les tableaux se succèdent à un rythme effréné. Une ruelle du vieux Marseille, un discours de Mussolini, le salon de coiffure de la sœur aînée où Ivo Livi fait ses premières imitations… voici croqués les lieux et les gens. Le tout accompagné d’airs qui fonctionnent comme autant de madeleines de Proust. Bella Ciao, l’Internationale (le père était un communiste convaincu), Trénet, Fernandel, et bien sûr Piaf (magistralement incarnée par Camille Favre-Bulle qu’on écouterait pendant des heures dans ce seul registre).

Mais le tourbillon sait aussi s’arrêter pour des moments plus graves, comme cet instant fatal où son ami d’enfance est raflé par les Allemands, et où le jeune Ivo Livi, qu’on prend souvent pour un Juif à cause de son patronyme, parviendra à échapper à l’enfer "à une lettre près". Le Montand militant n’est pas oublié dans cette reconstitution, par exemple via un hilarant interrogatoire par Kroutchev, alors que voici le couple Montand-Signoret invité en Russie.

Les amoureux de Montand regretteront peut-être de ne pas entrer totalement dans la psychologie d’un beau gosse toujours à l’aise, qui cachait cependant un artiste torturé, perfectionniste et jamais satisfait. Mais le spectacle n’est pas fait pour les seuls inconditionnels, il entend rassembler tous les publics, jeunes, vieux, passionnés de la première heure ou néophytes, dans un show hyper professionnel qui n’a rien à envier aux comédies musicales anglo-saxonnes.

"Ivo Livi ou le destin d’Yves Montand", jusqu’au 27 octobre au théâtre Le Public. Note: 4/5.

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