Charleroi jette L'Ancre au Poche

"Les villes tentaculaires", un spectacle résolument contemporain, mêlant jeu, vidéo et musique avec brio. ©Leslie Artamonow

Du 5 au 30 mai, les planches du Bois de la Cambre vibreront au rythme de la culture carolo. Au programme: trois spectacles, plein de lectures, un concert, une expo et des fiestas! On y va?

"Avec Jean-Michel Van den Eeyden, le directeur de L’Ancre, nous partageons cette même vision du théâtre, cette envie de parler aux gens, de dire le monde, explique Olivier Coyette, le directeur du Poche. D’où cette carte blanche donnée à L’Ancre pour présenter à Bruxelles des spectacles dans lesquels le Poche se reconnaît. Mais pas seulement… L’idée, c’est aussi de partager avec un maximum de spectateurs cette générosité et cette ambiance propres à Charleroi." Du 5 au 30 mai, les rendez-vous artistiques et créatifs vont se succéder dans le théâtre du Bois de la Cambre. Parmi lesquels, trois créations phares de L’Ancre mises en scène par Jean-Michel Van den Eeyden, toutes mettant en avant cette nécessité de la prise de parole, mais aussi l’envie de créer avec et pour les jeunes.

Voyage

Les villes spectaculaires

"Cette ville en mouvement qui se défait, se refait, ça pourrait s’appliquer à Charleroi. Le texte n’a pas vieilli. Et puis, quelle performance physique!", confiaient Pauline et Juliette à l’issue de la représentation des "Villes tentaculaires", le 22 avril dernier, à l’Eden à Charleroi. Jeanne assistait aussi à ce spectacle, pour la deuxième fois: "Les passages sur la mort et la rage étaient bouleversants. Ils m’ont donné l’envie de lire les poèmes d’Émile Verhaeren. Mais ce qui m’a surtout plu, c’était le mélange entre l’ancien et le nouveau."

Associer un recueil de poésie écrit en 1895 au mapping visuel des Dirty Monitor, à un quatuor à cordes et à de la musique électronique, c’était LA bonne idée! "Les villes tentaculaires", c’est un spectacle résolument contemporain, mêlant les disciplines avec brio. Il a d’ailleurs reçu le prix de la meilleure création artistique et technique au prix de la critique 2014. Porté sur scène dans tous les sens du terme par Nicolas Mispelaere, il retrace le voyage initiatique d’un homme qui quitte sa campagne pour découvrir la ville. Une hydre tentaculaire qui suscite chez lui des sentiments ambivalents. Il y rencontre le pire et le meilleur, découvre le monde de la nuit, se brûle les ailes, se trouve transformé et à la fin…, l’espoir. "Nous apportons, ivres du monde et de nous-mêmes, des cœurs d’hommes nouveaux dans le vieil univers."

S’attaquer à un texte comme celui-là, une langue que l’on n’a plus l’habitude d’entendre, était un pari audacieux. Des étudiants de cinquième année secondaire, présents ce soir-là, confiaient d’ailleurs à quel point "c’est dur de suivre!". Mais ils étaient aussi impressionnés par la présence scénique de Nicolas Mispelaere, par le décor évoluant sans cesse grâce aux images vidéos projetées dessus, par la force et la justesse de la musique… et peut-être plus encore par la symbiose entre ces univers. Pendant une heure quart, on passe d’une émotion à une autre, on se questionne, on se laisse surprendre et emporter par ce voyage au cœur de la ville et de la vie.

"Nés poumon noir", tout d’abord, qui mixe rap, musique, vidéo, jeu et raconte le parcours initiatique d’un jeune, interprété par Simon Delecosse (alias Mochélan), dans une ville industrielle taxée de morte par tout le monde (l’école, la presse, sa famille): comment dans ces conditions s’y bâtir un avenir et trouver la force d’y rester? "Un homme debout", ensuite, le témoignage d’un parcours de vie carcéral – celui de Jean-Marc Mahy qui a passé 19 ans derrière les barreaux dont 3 en isolement – et d’un besoin d’espoir et de se (re) construire quel que soit le contexte autour. Une pièce reconnue d’utilité publique. Et enfin "Les villes tentaculaires" (voir critique ci-contre), un regard sur le rejet et la fascination que suscite la ville, d’après les poèmes d’Émile Verhaeren.

Le fil conducteur entre ces trois spectacles? "La volonté de faire voir et entendre ce qui aurait pu passer inaperçu un artiste comme Mochélan , ce qui aurait pu être oublié la poésie de Verhaeren , ce qui aurait pu rester dans l’ombre le témoignage de Jean-Marc Mahy , précise le directeur de L’Ancre. Trop souvent, le théâtre est utilisé comme un divertissement alors qu’il a cette capacité de permettre des moments de dialogue et d’humanité."

"Les villes tentaculaires", un spectacle résolument contemporain, mêlant jeu, vidéo et musique avec brio. ©Leslie Artamonow

À l’affiche de ce partenariat Ancre-Poche, du théâtre engagé donc, mais aussi pas mal d’animations gratuites. Notamment des lectures de textes les samedis en avant-soirée. À ne pas manquer: "Je finirai à terre" de Claude Brozzoni sur base d’une nouvelle de Laurent Gaudé qui sera lue par Jean-Michel Van den Eeyden (un retour aux sources pour ce comédien qui n’a plus joué depuis 7 ans) et deux cartes blanches (décidément!) adressées à David Murgia et à Riton Liebman. L’invasion carolo au Poche se matérialisera également sous la forme d’une résidence d’artistes du 18 au 22 mai et d’une expo photo mettant à l’honneur les autres opérateurs culturels du Pays Noir du 5 au 30 mai.

Épinglé aussi, le concert de Mochélan, qui présentera avec son groupe Zoku son nouvel album "Image à la pluie" pour lequel il vient de remporter l’octave de la musique dans la catégorie "musique urbaine". Sans oublier la soirée de clôture orchestrée par les DJ’s du Rockerill et peut-être quelques surprises de dernière minute. Bref, on sait où on va s’amarrer tout ce mois de mai!

Pour l’agenda complet: www.poche.be et www.ancre.be. Rés.: 02 649 17 27.

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