chronique

Critique | 3 opéras de Mozart en 24h chrono

Premier volet, mardi soir, d’une Trilogie Da Ponte Mozart catapultée dans l’ère #MeToo. Une transposition qui fait mouche (malgré quelques huées à la première des "Noces de Figaro") mais multiplie inutilement les couches et autres stimulations visuelles. Orchestre de La Monnaie et distribution de belle facture: Mozart est intact.

On connait le goût du patron de la Monnaie, Peter de Caluwe, pour chercher dans les opéras du passé matière à réflexion contemporaine, au risque de leur faire dire parfois davantage qu’ils ne le peuvent. Dans le cas de Mozart, et plus particulièrement de cette trilogie Da Ponte qui dissèque magistralement les jeux de l’amour et de la domination sexuelle, le pari n’avait cependant rien d’illégitime. Le sexe et le pouvoir ont partie liée depuis une éternité et, en nappant ces trois chefs-d’œuvre mozartiens d’une bonne couche de #MeToo et en leur donnant la forme d’une série télé en 3 épisodes sur le mode de "24 heures chrono", les metteurs en scène français Clarac et Deloeil n’auront pas dû tordre le discours pour enjamber les siècles.

"Le Nozze de Figaro", qui ouvraient le bal, ne pouvaient mieux donner le ton sans forcer le trait. On connaît les faits. Persuadé que son statut de grand d’Espagne lui vaut droit de cuissage sur la valetaille féminine, le Comte Almaviva s’offrirait volontiers Suzanna, camériste de sa femme (évidemment délaissée) et promise de son valet Figaro. Laquelle Suzanna entraîne sa patronne sur les barricades de la révolte contre la tyrannie phallique dans ce qui reste bel et bien, en dépit de son actualisation, un opera buffa.

"Cosi fan tutte" (dès ce jeudi 20/2) et "Don Giovanni" (dès ce samedi 22/2)  surferont, eux aussi, sur cette vague dénonciatrice du machisme d’hier et d’aujourd’hui.

Trilogia Mozart Da Ponte | Don Alfonso en 2020

L'obsession de la vidéo

On pouvait craindre que la volonté de raconter en une seule et même histoire trois opéras aux caractères propres allait diluer le génie mozartien. Il n’en est rien et la conception très habile du décor – un immeuble moderne à trois étages – permet l’enchaînement des scènes au gré de pièces modulables et d’escaliers en colimaçon. Bien conçu, un peu trop léché pour une modernité sans âme, mais efficace. Plus discutable, en revanche, l’utilisation excessive de la vidéo, dont la finalité première – tisser un lien visuel entre les trois œuvres – finit par épuiser l’œil au détriment d’un projet scénique déjà plus que surchargé. Un travers très contemporain.

Décor bien conçu, un peu trop léché pour une modernité sans âme, mais efficace. Plus discutable, l’utilisation excessive de la vidéo qui finit par épuiser l’œil au détriment d’un projet scénique déjà plus que surchargé.

Guère de réserve en revanche sur le plan vocal, avec un casting qui, rappelons ce fait peu banal, se retrouve dans les trois opéras. Le baryton allemand Björn Bürger, graves en béton, est parfait en mâle dominant (Almaviva). Pour lui faire la nique, le Figaro de l’Italien Alessio Arduini emporte la même adhésion. Quant à la soprano slovaque, Simona Saturova, une fidèle des Mozart à la Monnaie, elle séduit en comtesse délaissée, aux côtés d’une Suzanna que l’on aurait souhaité davantage habitée par la soprano portoricaine Sophia Burgos.  

Trilogia Mozart Da Ponte | Interview Antonello Manacorda

Et Mozart dans tout cela? Il est servi dans la fosse par l’un de ses plus ardents zélateurs, le chef italien Antonello Manacorda. Aussi attentif à ses musiciens qu’aux chanteurs, ce diable d’homme a la geste ample mais la baguette d’une extrême précision, épousant pratiquement du corps ces partitions qu’il connaît par cœur. L’orchestre de la Monnaie joue sans doute un peu fort – ah! l’enthousiasme du chef… –, mais qu’est-ce qu’il joue bien.  

Pas de crainte à avoir cependant si l’on ne peut assister aux trois opéras. Chacun de ses chefs-d’œuvre peut se savourer individuellement. Car il est là, le génie de Mozart, dans cette musique qui se suffit à elle-même.

TRILOGIA MOZART DA PONTE
À LA MONNAIE

1. Du 18/2 au 21/3«Le nozze di Figaro», le comte Almaviva face à la vague #MeToo
♥ ♥ ♥

2. Du 20/2 au 26/3«Cosí fan tutte», ou l’école des amants (H/F/X)

3. Du 22/2 azu 28/3«Don Giovanni», jusqu’où peut aller le désir aujourd’hui?

Direction Musicale: Antonello Manacorda & Ben Glassberg. Orchestre et chœurs de La Monnaie (Bruxelles).

Mise en scène et costumes: Jean-Philippe Clarac & Olivier Deloeuil (Clarac-Deloeuil | Le Lab)

Trilogia Mozart Da Ponte, à La Monnaie, 5, Place de la Monnaie – 1000 Bruxelles (infos pratiques).

 

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