Danse | "Ces enfants ont changé ma vie de chorégraphe"

©Gianmarco Bresadola

Chorégraphie pour 3 machines, 9 grands et 18 petits corps inertes, "enfant", de Boris Charmatz, intrigue depuis sa genèse en Avignon, en 2011. Recréée aux Écuries de Charleroi, elle mêle temporairement des enfants belges à la troupe.

Français à la réputation internationale vivant à Bruxelles et révolutionnant, depuis vingt ans, les codes de la danse, Boris Charmatz, 45 ans, danseur et chorégraphe d’"enfant", est le troisième artiste que Charleroi danse accompagne durant ces trois prochaines saisons.

Combien avez-vous "épuisé" d’enfants, en tout, sur "enfant"?

Je suis nul en calcul, mais il y en a eu beaucoup en sept ans! Je viens d’ailleurs d’en recroiser qui sont devenus plus grands que moi: certains se sont engagés dans des études de danse ou de théâtre, d’autres ont repris une vie "normale". Mais nos rencontres portent toujours quelque chose d’indicible: ces enfants ont changé ma vie de chorégraphe, et ce spectacle a marqué leur enfance.

"Le spectacle a des aspects sombres, mais les enfants comprennent qu’il s’agit d’art."

Ils ont entre 6 et 12 ans… Qu’attendez-vous d’eux, à cet âge?

L’essentiel est de sentir qu’ils auront la patience et le désir de découvrir la scène "en professionnel". Et de gérer tout ce monde sur le plateau, pour qu’il n’y ait pas d’accident.

On perçoit, derrière l’exercice, une réelle souffrance physique: combien de coups de pieds perdus et de cheveux arrachés?

Pas trop… Le spectacle a des aspects sombres, mais les enfants comprennent qu’il s’agit d’art. Ils sont entourés par des danseurs exceptionnels, qui (ré) inventent les mouvements avec et pour chacun d’eux. S’il y a eu quelques larmes ici ou là, c’est le sentiment de découverte et de transformation qui domine.

Le mélange petits Berlinois petits Carolos a pris facilement?

Il y a une énergie double, dans ce spectacle: à la fois dans la minutie des chorégraphies de machines et la sauvagerie des danses entraînées par la cornemuse, qui vrille littéralement les sens. Les groupes d’enfants se sont aussi préparés séparément, jusqu’à la répétition générale. L’improvisation et la surprise font partie de la pièce. Chaque représentation demande un effort important. Même aux spectateurs: ce n’est pas du tout un gala de fin d’année!

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Que voulez-vous dire à propos des enfants? Sont-ce des petits monstres?

Les enfants sont au centre de la pièce. Comme si tout ce qui s’y passe pouvait être ressenti par le public à travers eux. On peut d’ailleurs se demander ce qu’ils éprouvent, puisqu’ils semblent dormir… Mais en filigrane subsiste une question politique. Les enfants devraient présider à toutes nos décisions: leur environnement, leur accès à l’éducation et à l’art ne peuvent se détacher des conditions qui s’exercent sur l’ensemble de la société.

Qu’est-ce qui fascine le plus le public, dans "enfant"?

Le fait que ces enfants participent à un spectacle qui ne leur est pas uniquement destiné, et qu’ils touchent à des grands thèmes universels. Les machines, les corps inertes, le parallèle avec la légende du joueur de flûte de Hamelin… on peut se faire peur avec cette chorégraphie, même si c’est aussi une force de vie.

Ca vous plairait de redevenir enfant?

Danser est une bonne manière de ne pas couper les ponts avec ses sensations enfantines. Mais là tout de suite, j’aimerais surtout être un bon père, et ce n’est pas facile!

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