De la toge aux loges

Nathalie Penning mène une double vie en ce mois de février: avocate le jour, elle est comédienne la nuit. Sur les planches du Théâtre de la Toison d'Or, elle tourne en dérision la vie de prétoire. "Sous la robe" commence jeudi 6 février.

Certains ont besoin de jouer. Au tennis, au golf, au foot. Elle, elle joue la comédie. C'est son défouloir, sa respiration, "rire c'est [sa] thérapie". Depuis plus de vingt ans, elle participe aux spectacles du barreau de Bruxelles, une tradition de tous les barreaux de Belgique. Mais là, elle passe un cap: Nathalie Penning joue dans un vrai théâtre, celui de la Toison d'Or, à partir de ce soir et pour plus de trois semaines.

Dans un seule-en-scène d'une heure trente, elle rit d'elle-même, du métier, des confrères, des clients, des visiteurs du Palais de Justice, des groupes scolaires. "J'y ai mis ce qui m'a fait rire en 23 ans de carrière. Un, mon parcours. Deux, les situations cocasses, absurdes, le côté bobo du barreau", précise-t-elle. Elle a écrit seule son texte et c'est Nathalie Uffner, la directrice du théâtre, qui la met en scène. Elle l'avait repérée lors d'une conférence sur les métiers que le théâtre avait organisée, l'hiver dernier. Face à l'hilarité de la salle, la directrice propose à l'avocate d'en faire un spectacle. "Au début, je n'y crois pas, dit Nathalie Penning. Je me dis que je ne vais pas y arriver. C'est une chose de tenir le crachoir dans les dîners, et une autre de tenir plus d'une heure seule sur scène à parler de mon métier!".

Le rire comme soupape

Mais la tentation est trop grande pour celle qui fait du théâtre depuis l'adolescence. Et qui se serait bien vue en faire son métier. "En rhéto, on m'avait conseillé d'entrer au Conservatoire. Mes parents ne me l'ont pas interdit, mais ils m'ont dit de faire des études d'abord. Donc après cinq ans de droit, j'ai tenté l'examen d'entrée au Conservatoire. J'ai échoué. Au grand soulagement de mes parents!", raconte-t-elle.

Mais elle ne lâche pas l'affaire. Et deux ans après être entrée au barreau de Bruxelles, elle intègre la Compagnie du Palais de Justice qui présente chaque année une pièce dans le Palais même. "D'autres ont besoin de faire du sport, moi j'ai besoin du rire. Dans nos dossiers, on fait face parfois à des situations très tristes, voire très éprouvantes. Et je suis mauvaise perdante, donc quand je perds un dossier ou quand mes clients me déçoivent, ça passe mal. Quand des choses comme ça arrivent, il faut que je puisse avoir de petites parenthèses rigolotes", explique-t-elle.

Rire et faire rire, oui, mais pas n'importe comment quand on est avocate. D'une part il y a le secret professionnel et d'autre part, les avocats font partie de l'une des dernières professions où des règles s'appliquent jusque dans la vie privée. Ils ne peuvent rien faire qui attenterait à la dignité de la profession. Être pris en photo, faisant tourner sa culotte au-dessus de sa tête juché sur la table d'un bar, voilà qui est hors cadre (l'exemple n'est pas de nous, mais bien de l'avocactrice).

Nathalie Penning a préféré demander l'autorisation à son bâtonnier pour faire "Sous la robe", bien qu'elle n'y était pas obligée. Ce à quoi on lui a répondu de faire attention à ce qui relève de l'obligation du secret professionnel. En outre, elle s'interdit elle-même de plaider pendant que son spectacle est à l'affiche: "Je trouve que ça ne se fait pas de faire l'actrice le soir et d'être à la barre à 8h45 le lendemain. Il y va de ma crédibilité", considère-t-elle.

Un bon accueil

Justement, ne craint-elle pas que les facéties de l'actrice nuisent à l'image de sérieux de l'avocate? "Non, au contraire, les gens comprennent qu'on est comme eux. On râle, on peste sur notre métier, mais il y a quelque chose qui nous y retient. Et puis il y a tellement de mystères autour de ce métier, les gens se font des films. Ca les rassure de voir que les avocats peuvent pratiquer l'autodérision, qu'ils ne sont pas (tous) pédants. Et qu'ils sont des personnes comme les autres. Il y a 5.000 avocats à Bruxelles qui, eux aussi, stressent dans les périodes des examens, affrontent des cancers, divorcent, etc.", estime-t-elle.

A savoir

"Sous la robe", jusqu'au 1er mars. Une représentation a été ajoutée le 18 février. Au Théâtre de la Toison d'Or à Ixelles. 02.510.0.510 ou www.ttotheatre.com Reprise les 5,6,7,12,13 et 14 juin.

Du côté de ses confrères, les réactions sont à 90% positives, selon elle, allant de la bienveillance à l'enthousiasme. Quant aux esprits chagrins, elle les balaie d'une phrase: "De toute façon, dès que vous vous exposez dans ce milieu, vous prenez un risque, c'est un métier de jaloux". Elle, elle est bien campée sur ses deux jambes estimant qu'elle leur a déjà prouvé, pendant 15 ans, qu'elle pouvait être drôle et crédible dans son boulot. Et apparemment Nathalie Penning a déjà son public puisque plusieurs jours avant la première, les représentations étaient quasi complètes.

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