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Derrière le festival, Chassepierre

©festivalchassepierre

Le festival des arts de la rue de Chassepierre, bien que magique, est le fruit du travail réel de tout un village.

À l’abri dans une cuvette naturelle, vit paisiblement tout au long de l’année un village d’irréductibles Gaumais. Paisiblement… Méfions-nous des apparences. À quelques jours de l’avant-dernier week-end du mois d’août, le paysage bucolique, les calmes ruelles et les belles habitations de Chassepierre couvent sous cette apparente quiétude intemporelle un foisonnement d’activités en vue de la désormais incontournable Fête des Artistes. L’événement, officiellement appelé le Festival International des Arts de la Rue, compte cet été son 42e clap.

Hormis l’apport purement technique d’une société professionnelle, les préparatifs sont le fait des habitants de Chassepierre.

Les 22 et 23 août, les rues et prairies de ce petit village de la province de Luxembourg laisseront leur quiétude de côté. Comme chaque année depuis plus de 40 ans, des milliers de visiteurs (entre 20.000 et 30.000 selon les éditions) viendront applaudir une cinquantaine de compagnies et d’artistes de rue internationaux. Les artistes programmés, provenant des quatre coins de la Belgique, mais aussi de France, de Grande-Bretagne, d’Espagne, des Pays-Bas, d’Allemagne et même du Japon, proposeront des spectacles de danse, de théâtre, de cirque, des entresorts et déambulations, ainsi que des démonstrations de musiques de rue et du monde.

Passation de pouvoir

©festivalchassepierre

Cette édition 2015 marque un moment charnière de l’événement. Le fil conducteur, "Rêves d’été… Rouages d’antan", a en effet été déterminé par la nouvelle directrice, Charlotte Charles-Heep. Après 40 années aux commandes du festival, Alain Schmitz a désigné la jeune femme pour lui succéder. À elle désormais de prendre sur ses épaules la responsabilité de l’ensemble de la coordination du festival et de la programmation artistique. Originaire de Sedan, en France, et débarquée il y a 5 ans à Chassepierre en tant que stagiaire, Charlotte a, selon Alain, démontré et développé au fil des éditions les capacités nécessaires pour reprendre dignement le flambeau. "Je pense que j’ai donné au festival tout ce que je pouvais, déclare l’ancien directeur. Il était temps d’insuffler un peu de fraîcheur et j’ai perçu chez Charlotte ce qu’il fallait. C’est sa première édition en tant que directrice, mais elle était en fait déjà aux commandes l’année passée sous ma responsabilité. Elle devait tout faire pour estimer la charge réelle de travail."

Elle seule donc se charge, entre autres, de sélectionner les artistes participants. "Nous recevons bien entendu énormément de candidatures spontanées, mais je parcours la plupart des festivals d’Europe pour découvrir et juger sur place de la qualité des spectacles, explique-t-elle. Le festival de Chassepierre est aussi pour les artistes une belle vitrine car de nombreux programmateurs européens y viennent. Pour le moment, la tendance est à la danse et aux arts plastiques, tandis que les déambulations classiques perdent du terrain. Mais selon moi, c’est un cycle, et les formes qui disparaissent ou ont moins de succès reprendront le haut du pavé à un moment, probablement sous d’autres variantes. Ce qui est interpellant aussi dans le succès du festival de Chassepierre, c’est l’absence de têtes d’affiche. Le public vient chercher une ambiance avant tout, et à moins d’être un professionnel, personne ne connaît les compagnies." Quant aux évolutions: "On a dû revoir la structuration de certains espaces afin que le public circule plus. On programme aussi de plus en plus de petits concerts dans les espaces bar et dégustation."

Une organisation à hauteur humaine

©Jean Jdujardin

La jeune directrice se charge, ce 19 août, de jouer les guides au cœur des préparatifs du festival. En sa compagnie, nous suivons le parcours en boucle des 18 espaces et voyons le village de 200 habitants et ses alentours se transformer de minute en minute. Les chapiteaux immaculés, les scènes et tribunes s’élèvent… tranquillement. Car sous l’effervescence, Chassepierre ne peut apparemment se départir de sa quiétude. Peut-être cette impression (nous insistons sur le terme) est-elle due au fait que ces préparatifs sont orchestrés par les gens du coin? Hormis l’apport purement technique depuis 20 ans d’une société professionnelle, Galene Event, la plus grande partie des préparatifs sont le fait des habitants de Chassepierre et de bénévoles de la région. "Cet aspect de l’organisation est crucial, souligne Charlotte Charles-Heep. C’est ce qui fait que ce festival est ce qu’il est. Chaque villageois y met du sien. Quand il s’agira pour l’un de repeindre sa façade pour l’occasion, pour un autre, le soutien consistera à prêter sa grange en guise de loges. Le festival est géré par l’ASBL Fête des Artistes de Chassepierre. Tous les membres du CA, tous habitants de Chassepierre, ont une tâche définie. Le président, Marc Poncin, s’occupe de la sécurité, les deux vice-présidents sont en charge respectivement des entrées et du marché artisanal. Un des administrateurs, José, se charge de l’électricité…"

Nous rencontrons un autre administrateur, Olivier Lequy, responsable du développement durable, qui détaille son programme de gestion des déchets: 60 îlots de tri sélectif, une table de tri, des gobelets réutilisables, des toilettes sèches. "Le but cette année serait que le tri soit efficace au point que les déchets partent directement en retraitement."

Il serait effectivement bien dommage de souiller un tel décor. Le paysage sous ce soleil éclatant est à couper le souffle. C’est un peu la vallée des Petits Poneys, le côté "gnangnan" en moins, l’authenticité en plus. Une authenticité qui se confirme par la présence au cœur même du site de festival de lieux protégés, mais également à travers le marché artisanal qui compte 80 artisans présentant leurs meilleurs produits du terroir. "Vous ne trouverez pas d’hamburgers-frites-coca à Chassepierre, cela n’existe pas", s’exclame Olivier Lequy.

Des spectacles hors du temps, des contes et des costumes, de la musique et de la danse dans ce cadre-là ne peut que virer au féerique. D’autant plus que Chassepierre, à l’exception de deux éditions humides, a toujours eu les faveurs du ciel. "Le plus important pour nous, c’est que le festival reste magique pour les visiteurs. Aucun aspect de la technique ne doit être visible, tout doit être à la fois naturel et merveilleux. On travaille avant tout pour cela", confirme la directrice.

42e Festival International des Arts de la Rue, "Rêves d’été… Rouages d’antan" ces 22 et 23 août, www.chassepierre.be

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