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Dour ratisse judicieusement large

Dour s’apprête à accueillir, pour sa 27e édition, 225 000 festivaliers. ©Photo News

Le festival de Dour ouvre ses portes du 15 au 19 juillet. Soit un jour de plus qu’à l’accoutumée. Une façon de célébrer “Mons 2015”, capitale européenne de la Culture, que 14 km séparent du lieu du festival.

"Notre tête d’affiche, c’est Dour". Net, sans bavure, c’est ce que nous affirme Alexandre Stevens, programmateur du festival, à la question de la dépendance aux têtes d’affiche. "Ce n’est pas un nom qui fait Dour. On accepte les artistes qui sont raisonnables quant à leur cachet".

"La force d’un festival est d’être cohérent."
Alexandre Stevens
Programmateur

Alors, oui, l’organisateur est conscient qu’un artiste peut attirer à lui seul près de 50% du public d’une journée, mais il ne veut pas en dépendre à 100%. Tel un funambule qui vacille sur son fil, il tente de trouver l’équilibre entre artistes onéreux mais rassembleurs, et découvertes plus risquées. Mais avec plus de 250 artistes ou groupes, on peut dire que Dour voit large. De la scène "The Last Arena" qui peut accueillir 15.000 personnes au nouveau "Labo", plus restrictif, le programmateur tient bien la barre et propose de tout. "On n’a pas peur de changer et d’innover", ajoute Alexandre Stevens.

50 centimes le concert

Évidemment, impossible pour le festivalier de tout voir. Selon une étude du CRISP sur les festivals en Fédération Wallonie-Bruxelles, à peine 5% du public assiste à plus de la moitié de la programmation. Et en moyenne 40% des spectateurs n’assistent qu’à un seul concert. C’est dire l’importance des têtes d’affiche à leurs yeux, quoi qu’on puisse dire.

Dour échappe-t-il à ce besoin de têtes d’affiche? Non. Il en propose aussi beaucoup. Pourtant, le prix du ticket reste assez stable d’année en année. Le festival arrive à attirer les artistes célèbres sans trop augmenter le prix demandé – qui est souvent une des conséquences directes de la hausse des cachets – tout en gardant une palette très large.

Dans l’absolu, à 125 euros le pass pour 5 jours, le prix de chaque concert revient à moins de 50 centimes au festivalier.

Sur les huit scènes que propose le festival se produiront des artistes aux styles variés. Rock, hip-hop, rap, reggae, dub step, électro… Dour mise sur la diversité musicale, mêlant têtes d’affiche et artistes moins connus.

Parmi les têtes d’affiche:

- Snoop Dogg (dimanche)

- Tony Allen Review feat. Damon Albarn & Oxmo Puccino (vendredi)

- Lauryn Hill (samedi)

- C2C (vendredi)

- Tiken Jah Fakoly (dimanche)

- Crookers (samedi)

- The Bloody Beetroots (samedi)

- Fritz Kalkbrenner

- Gojira (vendredi)

Selon Christophe Goethals, coordinateur du secteur Économie au CRISP, les agents des artistes mondialement connus l’ont pourtant bien compris: les festivals dépendent des têtes d’affiche. L’industrie du disque étant plus qu’affaiblie, c’est l’occasion de récupérer un manque à gagner grâce à des cachets élevés. Mais Dour semble s’en sortir "grâce à son audace, son ambiance et la sensation de liberté" suppose-t-il. Et la notoriété. Dour est le festival payant le plus fréquenté de Belgique francophone et reste dans le top 3 de l’ensemble du pays, avec un pass au prix moitié moins élevé que celui de Tomorrowland, par exemple.

Une concurrence féroce

Solidarité tacite entre programmateurs ou non, Alexandre Stevens ne dénigre pas les autres festivals. Du concept Tomorrowland au géant Pukkelpop, la Belgique n’est pas avare en festivals. La concurrence est là et il en est conscient. Mais pour lui, Dour tire son épingle du jeu grâce à son concept et sa programmation éclectique. Et si le marketing annonce avoir déjà vendu 90% des tickets à deux jours du début du festival, il affirme que "tant qu’on peut accueillir des festivaliers, on le fait. Ce serait dommage de se passer de ces rentrées financières. On ne met pas ce stress du sold-out sur les gens, on préfère agrandir le terrain au maximum. Le festival est réussi avant tout si l’ambiance est bonne."

Carlo Di Antonio, l’homme à l’origine du festival qui fête cette année sa 27e édition, est, lui, "fier de ce beau bébé" qu’il a laissé progressivement entre les mains de ses successeurs. Si les cinq ou six premières années étaient difficiles au niveau budgétaire, ce n’est plus le cas. "La recette fonctionne. On est en positif depuis des années, même si certaines années ont été plus difficiles à cause des intempéries."

Un festival financièrement indépendant

Du côté des organisateurs, la question de l’indépendance financière est claire: le festival compte peu sur les subventions. Il dépend principalement des ventes de billets et des consommations. Effectivement, les subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’élèvent à 100.000 euros par an (pour le contrat-programme allant de 2010 à 2014) pour un budget total de plus de 4 millions d’euros. Soit à peine 2,5% des dépenses.

Quelques-uns des Belges mis à l’honneur:

- Starflam (jeudi)

- Lefto (samedi, résident du festival depuis 10 ans)

- BRNS (samedi)

- La Smala (mercredi)

- Great Mountain Fire (vendredi)

- Compuphonic (dimanche)

-...

Mais comme nous le confie Christophe Goethals, c’est sans compter les subventions indirectes de la Région wallonne, de la Loterie nationale – donc du Fédéral – qui est sponsor et des supports privés, même si les partenaires strictement commerciaux de Dour sont relativement peu nombreux par rapport à la taille de l’événement. Et si ça ne représente, in fine, qu’une petite part du financement, ce n’est tout de même pas négligeable.

Une culture pour les masses?

Dour est lié à une mission de démocratisation de l’accès à la culture, sans quoi il n’aurait pas de subventions. Bien qu’assez faibles, elles garantissent ce rôle. Mais ce genre de festival représente-t-il un accès à la culture pour tous, ou une culture donnée aux masses? Pour Christophe Goethals, "Dour est un événement culturel de masse, c’est indéniable, mais il se distingue grâce à une programmation réellement alternative et très pointue qu’on ne retrouve nulle part ailleurs". Le soutien public pour ce genre d’événement est, selon lui, indispensable.

Les festivals permettent une décentralisation de la culture, sans oublier les retombées économiques, touristiques et de notoriété pour les villes qui les accueillent. Alors, Dour, mission accomplie?

[Suivez Antonin Marsac sur Twitter en cliquant ici]

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