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En parlant d'alcoolisme, Didier Poiteaux brise les tabous du théâtre jeune public

En Avignon, "Un silence ordinaire" avec Didier Poiteaux d'Inti Théâtre. ©Serge Gutwirth

Avignon puis Huy: cet été, l’Inti Théâtre s’adresse aux adolescents et aux jeunes enfants avec deux spectacles forts et très différents: "Un silence ordinaire" et "Ballon Bandit".

Après «Suzy et Franck», spectacle sur la peine de mort basé sur une histoire vraie, Prix Jeune Public de la SACD en 2016, le co-fondateur d’Inti Théâtre, Didier Poiteaux (Inti Théâtre), souhaitait continuer à travailler la forme documentaire à destination des adolescents: «J’ai eu envie de parler du tabou, de ce qui n’arrive pas à se dire, en partant de l’alcoolisme de ma mère mais sans raconter mon histoire», raconte l’auteur et comédien d’«Un silence ordinaire», coup de foudre de la presse aux Rencontres Théâtre Jeune Public de Huy en 2019, nominé aux Prix Maeterlinck de la Critique et actuellement programmé au Théâtre des Doms, en Avignon.

Avec Olivier Lenel à la mise en scène et Marilyne Grimmer à la scénographie, ce spectacle tous publics à partir de 14 ans s’est construit autour d’ateliers et de bancs d’essai dans de nombreuses écoles de Bruxelles et de Wallonie, pour récolter les paroles des jeunes sur l’alcool. Un jour, une ado lâche le morceau: son père est alcoolique et, à la maison, c’est très difficile pour tout le monde. Clara balance son histoire puis quitte la classe en pleurant.

Cet événement, Didier Poiteaux en fait l’élément déclencheur de son récit, admirant le courage de cette jeune fille – un courage qui le pousse à se livrer, lui aussi: «Il était impossible que ce spectacle tienne sans récit central. Il m’a fallu briser le silence à l’intérieur même du processus de création. C’est aussi ce qui amène la construction dramaturgique en spirale, où l’on tourne autour du sujet avant de plonger dans le côté plus émotionnel du récit.»

«J’ai eu envie de parler du tabou, de ce qui n’arrive pas à se dire, en partant de l’alcoolisme de ma mère mais sans raconter mon histoire.»
Didier Poiteaux
Metteur en scène

Un récit qui convoque aussi bien la chimie de l’alcool et les corbeilles de fruits pourris des hommes préhistoriques que l’intime et l’humour, avec la présence musicale live d’Alice Vande Voorde ou Céline Chappuis (en alternance, à la basse) – évocation de l’ado renfermée comme de la présence obsédante de la mère… Avec l’écriture est venue l’envie de respecter la parole, les mots, les tournures et les balbutiements de chacun: «C’est aussi une manière d’écrire que de garder ça. On m’a raconté des histoires très glauques. Je voulais me concentrer sur les non-dits qu’on vit dans sa jeunesse, et qui poussent à s’enfermer dans le silence pour ne pas affronter le regard des autres.»

Didier Poiteaux dans "Un silence ordinaire". INTI Théâtre

La sobriété de la langue fait écho au dispositif scénique, frontal: «On réfléchit ensemble à la structure narrative», explique Olivier Lenel: «On construit l’histoire ensemble, dans un temps long, fait de résidences et de bancs d’essai qui nous permettent d’aller chaque fois plus en profondeur et d’enrichir l’objet qu’on crée au fur et à mesure. C’est une méthodologie de travail face à laquelle j’étais réticent mais qui aujourd’hui me convainc totalement.»

Cette nécessité de confronter le travail au public, de le partager avec les jeunes pendant le temps de création, Didier Poiteaux l’a éprouvée depuis plus de dix ans, développant un vaste travail de médiation et d’ateliers. «Depuis le début, j’ai fait du jeune public, c’est devenu une évidence pour moi, notamment parce que c’est grâce aux ateliers théâtre, à l’école, que j’ai trouvé ma voie. Ça me permet de toucher toutes les classes de la population, mais j’étais à mille lieues d’envisager que la thématique de l’alcool allait concerner autant de gens!»

«On m’a raconté des histoires très glauques. Je voulais me concentrer sur les non-dits qu’on vit dans sa jeunesse, et qui poussent à s’enfermer dans le silence pour ne pas affronter le regard des autres.»
Didier Poiteaux
Metteur en scène

Porter sur scène des questions à la marge, souvent peu abordées dans le théâtre jeune public, est avant pour lui tout une voie de rencontre et de questionnement: «Ce n’est pas une façon habituelle de faire du théâtre pour ados puisque, sur scène, c’est un vieux qui partage ses questions et ses réflexions. Je n’ai pas du tout envie de choquer mais de mobiliser le public activement.»

Pierre-Paul Constant dans "Ballon Bandit", à voir en août aux à voir aux Rencontres Jeune Public, à Huy. ©Ryszard Karcz

Ballon Bowie

Après Avignon, Didier Poiteaux et sa compagnie seront à Huy pour une création montrée en juin dernier à Ekla, à destination des tout petits: inspiré de l’album jeunesse «Un amour de ballon, Ballon Bandit» est né d’un désir de travailler plus corporellement, cette fois sans texte. «Il y avait quelque chose de la petite enfance qui me posait question mais je ne pensais pas que ce serait si passionnant de travailler la dramaturgie par l’image. J’imaginais que ce serait très contraignant et c’était tout l’inverse!», se réjouit Poiteaux qui, cette fois, s’efface du plateau pour mettre en scène son comparse et co-directeur d’Inti Théâtre, Pierre-Paul Constant.

Réalisant un travail d’immersion dans plusieurs crèches et improvisant avec des ballons d’hélium sur la musique de David Bowie, ils ont conçu un objet scénique à la fois drôle, intelligent et plein d’émotion – un magnifique moment de partage pour petits et grands.

Une compagnie, deux spectacles

Inti Théâtre, «Un silence ordinaire», Théâtre des Doms, jusqu’au 27 juillet, à 13h (dans le off du Festival d'Avignon). Le texte est édité chez Lansman.

Inti Théâtre, «Ballon Bandit», Rencontres Jeune Public, Huy, 16 et 17 août à 10 et 14h.

Toutes les dates de la tournée: intitheatre.be

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