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"Extreme/Malecane", au Théâtre National, mène l'enquête sur la résurgence de l'extrême-droite

Sur scène, les acteurs s’expriment tous dans leur langue maternelle, semant le trouble sur leur identité et la nature même de leur discours. ©Joan Calvet

Dans un spectacle audacieux, Paola Pisciottano et ses comédiens explorent comment les rhétoriques nationalistes influencent le regard des nouvelles générations.

Créé à Liège en avril dans le cadre du Festival Émulation, "Extreme/Malecane" débarque enfin sur les planches du Théâtre National, et l’on s’en réjouit grandement! À la croisée entre théâtre et performance, le spectacle de Paola Pisciottano s’interroge sur le nouvel extrémisme de droite qui touche toute l’Europe et fait un "mal de chien", d’où le titre. Cette résurgence des partis nationalistes et des discours populistes touche particulièrement la (très) jeune génération.

C’est à celle-ci que la metteure en scène a choisi de donner la parole, sans retenue et sans jugement: pendant trois ans, elle a mené son enquête à travers quatre pays particulièrement concernés par ce phénomène – Belgique, France, Grèce, Italie –, multipliant les rencontres avec des militants et sympathisants d’extrême-droite. En tout, pas moins de 130 jeunes ont été interrogés, générant 200 heures d’enregistrements vidéos qui ont composé la matière première du spectacle. Des documents d’une grande richesse, dans lesquels on découvre des garçons et des filles de 16 ou 17 ans en rupture avec les dirigeants politiques de leur pays, énonçant des idées très claires sur ce que devrait être la société, mais aussi des opinions sur leur culture et son histoire…

Il s’agit ici de permettre la rencontre entre le public et les témoignages rapportés pour susciter l’émotion, le doute, et convier l’esprit critique de chacun.

Jamais moralisateur

L’originalité du spectacle qu’en a tiré Paola Pisciottano réside dans le traitement qu’elle propose: jamais moralisateur ni condescendant. Il s’agit au contraire de permettre la rencontre entre le public et les témoignages rapportés pour susciter l’émotion, le doute, et convier l’esprit critique de chacun. Le résultat est saisissant: sur scène, les acteurs s’expriment tous dans leur langue maternelle, semant le trouble sur leur identité et la nature même de leur discours. Sont-ils en train de raconter leur propre expérience ou de rapporter les paroles d’autrui? Quel degré de théâtralité est à l’œuvre? Marios Bellas, Debora Binci, Esther Gouarné et Aymeric Trionfo floutent les contours de la parole pour mieux nous séduire en nous berçant de slogans populistes auxquels il serait si facile d’adhérer… Loin d’être des monstres fascisants, ils se montrent sous leur meilleur jour: des jeunes avec qui nous partageons tous certaines émotions – la peur, la joie, l’incertitude face à l’avenir, la crainte de la précarité.

Tout l’enjeu de cette création collective est bien d’incarner au mieux ces propos pour parvenir à démystifier le fascisme.

Réduit à l’extrême mais néanmoins très travaillé, le dispositif scénique participe lui aussi du grand pouvoir d’attraction de l’ensemble – musique entraînante, ambiance balnéaire et couleurs acidulées. Car tout l’enjeu de cette création collective est bien d’incarner au mieux ces propos pour parvenir à démystifier le fascisme: "Si on continue à les voir comme des monstres, on ne va pas avancer", déclare Paola Pisciottano, déterminée à faire de cette création un tremplin pour susciter le débat.

Théâtre

"Extreme/Malecane"

Par Paola Pisciottano

Théâtre National

Jusqu’au 27 novembre 2021

Le projet est issu d'une recherche documentaire réalisée avec l'aide du Réseau de prise en charge des extrémismes et des radicalismes violents. Centre de Ressources et d’Appui (CREA) de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Note de L'Echo:

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