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Festival d'Avignon: vus et aimés

"Dans la mesure de l'impossible", de Tiago Rodrigues (également directeur du festival), se révèle puissamment engagée. ©Christope Raynaud de Lage

"In" et "Off" proposent une variété de spectacles desquels se dégagent un engagement et une nouvelle représentation des femmes.

Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Vraiment? À Avignon, en ce moment, les rues et les restaurants, les bars des théâtres et les terrasses des cafés sont remplies de gens qui parlent de la pièce qu’ils viennent de voir, de celle qu’ils recommandent ou de celle qu’ils n’ont pas comprise. Quelle atmosphère! Durant un mois, il n’est question que de cela: ce que le théâtre nous fait. Et c’est parfois très différent chez chacun·e.

Exemple avec la création dans la Cour d’honneur du Palais des Papes de "Welfare", de Julie Deliquet, adaptation du documentaire du même nom datant de 1973 de l’Américain Frederick Wiseman qui raconte la détresse d’une cinquantaine de personnes précaires lors de leur visite au bureau d’aide sociale de New York. Si la presse nationale est dubitative, ce n’est pas notre cas, ni celui du public.

Lors de la dernière représentation de samedi, des applaudissements fournis ont accompagné la metteuse en scène française, qui était, cela semble dingue, la deuxième femme dans l’histoire du festival à se saisir de ce plateau exceptionnel. La précédente était Ariane Mnouchkine passée là en… 1982! Lorsqu’on sait que se joue dans cet endroit prestigieux, lors de chaque édition, plusieurs pièces, il y a de quoi être d’autant plus consternée.

"Welfare" raconte raconte la détresse d’une cinquantaine de personnes précaires lors de leur visite au bureau d’aide sociale de New York. ©Christophe Raynaud de Lage

Un festival en forme de combat

Autre metteuse en scène à suivre dans le "in": Patricia Allio. La Bretonne propose avec "Dispak Dispac’h" une critique acérée des “nécropolitiques” de migration de l’Union européenne. Pour raconter les enfants morts de soif sur les bateaux, mais aussi l’espoir d’une vie plus juste, elle met en place un dispositif de théâtre-agora hautement symbolique.

Elle, une comédienne professionnelle et un danseur-chorégraphe créent le bâton de parole confié aux premiers concernés: le témoignage de David Yambio de l’organisation Refugees In Libya qui a tenté cinq fois la traversée de la Méditerranée (et risqué autant de mourir) afin de quitter l’enfer libyen ou celui du boulanger Stéphane Ravacley qui avait mené une grève de la faim en 2021 pour empêcher l’expulsion de son apprenti donnent à cette pièce une profondeur inouïe. À voir jusqu’au 20 juillet à 19 heures au Gymnase du Lycée Mistral et, on l’espère, d’ici deux ans, en Belgique.

Dispak Dispac’h donne la parole aux premiers concernés. ©Christophe Raynaud de Lage

Sur papier, la programmation de Tiago Rodrigues semblait intéressante. Sur place, elle se révèle puissamment engagée. La propre pièce du metteur en scène ajoutée à la dernière minute suite à l’annulation d’un autre spectacle est le récit d’expériences de travailleuses et travailleurs humanitaires superbement interprétées notamment par la comédienne Beatriz Brás. "Dans la mesure de l’impossible" est à voir jusqu’au 22 juillet à 16 heures à l’Opéra, place de l’Horloge.

L’engagement des artistes s’observe aussi dans leur volonté de protester contre les violences policières: Julie Deliquet a ouvert le festival sur une minute de silence à la mémoire du jeune Nahel, geste qu’a également posé Jöelle Sambi devant le Théâtre des Doms samedi dernier. La journée s’est ainsi déroulée au Théâtre-vitrine de la Fédération Wallonie Bruxelles en solidarité avec les familles des victimes de violences policières auxquelles plusieurs comédiennes ont dit reverser leur cachet du jour.

Cette édition, on a pu voir des femmes racisées, grosses, lesbiennes, vieilles, très vieilles, jeunes, très jeunes, des femmes avec des poils aux aisselles et des femmes qui jouent les esthéticiennes. Et ça fait du bien!

Des changements s’opèrent

En parlant des Doms, on vous recommande d’y voir les propositions de plusieurs jeunes artistes: jusqu’au 27 juillet, à 17h30, "Camille Freychet" raconte une quête de soi en auto-stop vibrante et poétique (Y a brûler et cramer) tandis qu’à 19h30, Zouz et T.A s’emparent de la Garden Party pour une prestation brute, drôle, rappeuse nommée "Beat’ume" (elles seront aussi à l’Espace Magh fin septembre, à ne pas manquer si vous n’êtes pas à Avignon cet été). Ces deux beaux moments sont rendus possibles par le directeur et programmateur Alain Cofino Gomez dont on saluera l’attention portée à la parité et aux jeunes artistes. 

Alors que l’on voit encore cette année beaucoup de spectatrices appliquées à noter sur de petits carnets leur programme chargé de spectacles (aux derniers comptages, les femmes représentaient 60% du public du festival), doucement, sur les scènes, une évolution est en marche. Cette édition, on a pu voir des femmes racisées, grosses, lesbiennes, vieilles, très vieilles, jeunes, très jeunes, des femmes avec des poils aux aisselles et des femmes qui jouent les esthéticiennes. Et ça fait du bien!

Par exemple, dans "Le corps des autres", au Théâtre Les Étoiles, tous les jours à 12h30 jusqu’au 29 juillet, la metteuse en scène française Marie Levy mêle des témoignages d’esthéticiennes aux interviews de grandes actrices telles que Jane Fonda. C’est drôle et vachement rythmé.

Pour la dernière moitié de ce mois de juillet, on vous recommandera d’abord notre formidable compatriote Anne Teresa de Keersmaeker qui fait ses retrouvailles avec Avignon, dix ans après son premier passage.

Que faire dans les prochains jours à Avignon?

Mentionnons tout de même une des grandes absentes à Avignon: l’Ukraine. Mis à part un débat au Café des idées le 21 juillet, et la proposition pour une date unique (le 23) de la Polonaise Marta Górnicka sous forme de lecture, on ne voit pas grand-chose pour nous faire comprendre et ressentir ce qui se joue à l’Est de l’Europe. La faute peut-être au temps du théâtre, un temps devenu assez long: pour mettre en place un spectacle, il faut en général plusieurs mois, voire années. Décalage entre la scène et la vie…

Enfin, pour la dernière moitié de ce mois de juillet, on vous recommandera d’abord notre formidable compatriote Anne Teresa de Keersmaeker qui fait ses retrouvailles avec Avignon en présentant, dix ans après son premier passage, "En Atendant" à 20h15 au Cloître des Célestins et, d’autre part, l’ex-directeur du NT Gent, le génial Milo Rau qui montre sa dernière création "Antigone in the Amazon" à 21h30 à Vedène.

Puis, si vous voulez faire une pause théâtre, la Maison Jean Vilar consacre une journée qui s’annonce très forte à SOS Méditerranée ce mercredi 19 juillet et, en matière d’arts plastiques, il y a un passage presque obligé à faire par la Collection Lambert avec l’exposition "Petits riens" de Pascale Marthine Tayou. Quand il n’y en a plus, il y en a encore. Et pour tous les goûts!

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