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Gurshad Shaheman, une lecture intime du monde

Pour ses prochains spectacles, le metteur en scène explore ses origines iraniennes et son rapport à la masculinité. ©Gurshad Shaheman c Jeremy Meysen

Artiste associé au théâtre Les Tanneurs, le metteur en scène franco-iranien inscrit ses spectacles dans la nouvelle démarche de projets citoyens engagée par l’institution.

Gurshad Shaheman puise son inspiration dans les histoires intimes, avec la profonde conviction que toute histoire mérite d’être entendue et que tout corps est beau à voir. Depuis "Pourama Pourama" (2015), où il racontait plusieurs épisodes de sa propre vie, il met en scène les récits de destins contrariés. Un art consolateur, entre performance et théâtre.

Pour "Silent Disco", créé en mai dernier, il s’est entouré de neuf jeunes âgés de 18 à 26 ans, en rupture familiale, qui font face à la solitude et à l’abandon: "Mon désir était de les amener à mettre en perspective leur vécu à travers les outils de l’écriture et du théâtre." Shaheman s’est mis en quête de ces jeunes à travers les CPAS et autres associations bruxelloises spécialisées dans l’accueil, ainsi que via son réseau de proximité: "J’ai rencontré une quarantaine de personnes, mais ce n’était pas un casting. Tous ceux qui voulaient rester le pouvaient." Neuf d’entre eux sont allés jusqu’au bout: un joyeux mélange d’amateurs et de jeunes professionnels. "C’est un public assez volatil, comme Franck, qui venait juste aux ateliers pour faire son breakdance et passer du temps avec nous. Il disparaissait parfois plusieurs semaines, mais cette souplesse est précisément ce qui m’intéresse. On ne peut pas envisager ce genre de projet de la même manière qu’une création professionnelle, même si j’ai aussi des exigences."

"Ces jeunes prennent des risques, mouillent leur chemise sur le plateau, ils sont sincères, entiers et performants."
Gurshad Shaheman
Metteur en scène

D’octobre 2019 à mars 2020, ces jeunes se sont retrouvés tous les vendredis et samedis pour des ateliers de quatre heures, où Shaheman leur proposait des exercices d’écriture et des improvisations: "Tout le monde peut porter sa parole avec son corps, raconter son histoire comme il en a envie. Ils ont tous écrit leur propre texte, j’ai juste fait le montage. Je suis là pour accompagner leur désir, leur donner les outils pour être bien sur scène. J’observe et j’essaie de repérer ce qui est beau, ensuite je fais grandir leurs propositions." Très doux dans le travail, le metteur en scène est toujours reconnaissant de ce temps que chacun prend sur sa vie privée pour se consacrer au projet: "La création a été reportée d’un an, or à cet âge on change très vite. Le projet a bougé avec eux, ce qui fait que c’est très vivant. Ces jeunes prennent des risques, mouillent leur chemise sur le plateau, ils sont sincères, entiers et performants."

Pour accompagner ces textes poignants, qui témoignent de parcours de vie intenses, Shaheman leur a proposé d’amener la musique qu’ils aiment et de l’écouter au casque, pour inventer leur partition scénographique: "Quand les choses vont mal, la musique est un moyen de s’échapper. Tu mets ton casque et tu t’évades à travers elle. De temps en temps, le public entend ce qu’ils ont dans les oreilles." Une façon singulière d’interroger la construction de l’identité et l’appartenance au monde, ce moment si fragile où l’on sort à peine de l’adolescence: "Ce moment charnière où l’intériorité est à la fois en crise et en sur-affirmation. Moment où l’on se découvre de nouvelles perspectives d’avenir et où on peut se retourner sur son enfance comme une période révolue."

Des forteresses et des hommes

De plus en plus intéressé par cette façon de travailler avec des personnes éloignées des arts vivants, Gurshad Shaheman a choisi de mettre en scène sa mère et ses deux tantes, toutes trois d’origine iranienne, dans sa prochaine création intitulée "Les Forteresses" et prévue en octobre. Nourri par leurs souvenirs et leurs témoignages, l’homme de théâtre met en écho le présent du plateau et les pages sombres du passé – celui de l’Iran à l’époque du Shah jusqu’à l’Europe des années 1990. "Elles étaient très surprises de mon invitation, car elles ne pensaient pas que leur vie puisse intéresser quiconque. Elles ont vécu la révolution puis la guerre, c’est une vraie saga familiale. Trois parcours représentatifs de l’Iran sur ces quarante dernières années, ce qu’elles ne mesuraient pas avant de participer." Sur scène, trois actrices prennent en charge ces récits intimes – un texte écrit par Shaheman sur base d’enregistrements.

"Chaque être humain raconte un rapport différent aux assignations."
Gurshad Shaheman
Metteur en scène

Le metteur en scène démarre également une trilogie intitulée "Les Nouveaux Hommes". Réflexions sur la masculinité, où trois groupes différents, chaque fois composés de professionnels et d’amateurs, raconteront trois façons d’aborder le masculin: "Chaque être humain raconte un rapport différent aux assignations. Il y aura des activistes politiques transgenres, des drag-queens – donc des personnes qui ont renoncé aux attributs masculins – et enfin d’anciens prisonniers ayant perpétré des violences à l’encontre des femmes, ce qui pose la question de l’éducation des garçons."

Gurshad Shaheman, Les Forteresses, du 5 au 9 octobre; Silent Disco, reprise du 18 au 21 mai 2022, au théâtre Les Tanneurs, rue des Tanneurs 75-77, 1000 Bruxelles, https://lestanneurs.be

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