Impro, deux pros, trois pros

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Même si le match n'est pas exempt de petits temps morts, les variations dans la construction, le jeu en triangle se révèlent très rapides.

Improspection est une session d’impro en trio et brio: elle se joue au Public, qui ne pouvait choisir meilleur nom… Sans décors, sans costumes, sans dialogues et surtout sans filets, ils sont trois trapézistes qui se rattrapent aux situations, jonglent avec les mots, font apparaître, disparaître des personnages et chavirer la foule.

Chaque soir, ils lancent, dans l’assemblée, un dé à trois faces, les trois sujets du jour: ce mardi 17 mai, date symbolique de résistance et de lutte, c’était le handicap, les droits de l’homme et l’homophobie. Sur chacun de ces trois sujets, le public choisit deux aspects, deux mots. Pour compléter la thématique du handicap, par exemple: la peur, l’entraide sont ainsi sorties du "chapeau".

Le principe est à chaque fois identique: les trois comédiens se consultent trente secondes, puis inventent situations et personnages; en l’occurrence, un trisomique qui accompagne sa mère aux commissions et termine sur le tapis roulant d’une caisse de grand magasin, au grand dam de l’employé effrayé.

Dans le cas de l’homophobie, un homosexuel québécois raconte son coming out, l’annonce à ses parents, très chemises à carreaux. Son copain Léon, tare supplémentaire, est… belge. C’est souvent drôle, cela ne se le veut pas toujours: la combinaison des droits de l’homme, de la femme et d’une piscine non chauffée jette un froid. Mais le trio bien rodé de Marie-Paul Kumps, Bernard Cogniaux et Jean-Marc Cuvelier, fait preuve d’une connivence, d’une complicité et d’une inventivité que l’on sent affûtées par des années de pratique.

Bien sûr, ils ont dans leur besace des outils, des ficelles, typologies, situations et béquilles auxquelles se raccrocher ou s’appuyer. Mais n’empêche: construire un sketch, une saynète, une histoire voire une illusion de décor avec juste trois chaises, de l’imagination et parvenir à transporter le spectateur rien que par le mot ou le geste, il faut oser. Surtout en laissant tabous, bon goût et interdits de côté, tout en évitant le piège de la vulgarité.

Et même si le match n’est pas exempt de petits temps morts, les variations dans la construction, le sens vif-argent de l’anticipation, le jeu en triangle se révèlent très rapides. Ces trois pros de l’impro évoluent désormais en Champions League.

"Improspection" de et avec Bernard Cogniaux, Jean-Marc Cuvelier et Marie-Paul Kumps, jusqu’au 24 juin au théâtre Le Public, rue Braemt 64-70 à 1210 Bruxelles, 0800/944.44, theatrelepublic.be

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