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"Iphigénie à Splott" | Sacrifiée sur l’autel du Dieu argent

Gwendoline Gauthier. ©DebbyTermonia

Au Théâtre de Poche, Georges Lini met en scène "Iphigénie à Splott" du Gallois Gary Owen.

Sacrée meilleure pièce de l’année en 2015 aux Theatre Awards et créée en français au Poche, "Iphigénie à Splott" est portée par Gwendoline Gauthier seule en scène, entourée de trois musiciens (Pierre Constant, Julien Lemonier et François Sauveur) qui apportent un décor sonore enveloppant, et soutenant à cette solitude âpre.

Effie est mal barrée dans la vie, bourrée trois jours par semaine, sans boulot, sans perspective, sans autre désir qu’oublier Splott. Riante et industrielle jadis, la ville n’est que taudis et magasins fermés depuis, les services publics y sont réduits à la portion congrue et pour voir un médecin, il faut se lever tôt, au sens propre comme au figuré.

À vive allure, sur un rythme soutenu d’un bout à l’autre, Gwendoline Gauthier lance son texte au-devant d’elle, toujours sur le même rythme.

Récit boxé

Georges Lini choisit de faire d’Effie une battante, non pas une de ces jeunes femmes abîmées avant l’heure qui n’ont que morgue et agressivité pour camoufler leur impuissance. À vive allure, sur un rythme soutenu d’un bout à l’autre, Gwendoline Gauthier lance son texte au-devant d’elle, toujours sur le même rythme. L’option choisie est le récit boxé plutôt que l’incarnation.

George Lini a-t-il voulu qu’elle soit la plus forte? Il ne nous concède aucun droit à l’émotion, à l’empathie, comme si entrer dans la vérité de la déchéance de cette jeune femme eût été abuser de son état de faiblesse, en faire une victime – ce qu’elle est – plutôt que l’héroïne d’un combat pipé.

Il faut attendre les dix dernières minutes pour voir émerger Effie dans toute sa grandeur: là, Gwendoline Gauthier nous bouleverse, donne épaisseur, fragilité et dignité à cette Iphigénie d’aujourd’hui.

Le parti pris prive dès lors la comédienne de nuances de jeu, de ruptures de ton et de cet effroi qui affleure dans ce texte aux accents shakespeariens: la peur de sombrer à son tour, comme ces autres qu’elle méprise et qu’elle ira rejoindre bientôt. La pièce de Gary Owen laisse pourtant entendre, sous la charge politique, la violence intime de cet aveuglement. Il faut attendre les dix dernières minutes pour voir émerger Effie dans toute sa grandeur: là, Gwendoline Gauthier nous bouleverse, donne épaisseur, fragilité et dignité à cette Iphigénie d’aujourd’hui sur laquelle un état défaillant fait peser le poids démesuré, révoltant, de la faute et de la responsabilité.

Théâtre

“Iphigénie à Splott”

Par Gary Owen

Théâtre de Poche

Jusqu’au 2 octobre

Note de L'Echo:

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