L'Afrique n'a pas besoin des mindele

Priscilia Adade donne à Louise l'épaisseur nécessaire. ©Emilie Lauwers

Le Théâtre du Rideau crée "Botala Mindele" et c'est absolument remarquable.

En lingala, "mindele" signifie "les hommes blancs". "Botala mindele", le titre de la pièce, veut dire "Regarde les Blancs". Tout est là, dans ce titre parfait: le miroir tendu à l’Occidental européen sur son rapport aux Africains.

Mathilde et Ruben sont installés à Kinshasa depuis 30 ans. Ce soir, ils attendent à dîner Corine et Daniel, fraîchement débarqués. Daniel veut se lancer dans le caoutchouc et espère bénéficier de l’entregent de Ruben pour obtenir l’aval des pouvoirs publics. Le ministre africain va finir par venir. Mais pas pour Daniel. Pour annoncer à Ruben une mauvaise nouvelle pour lui.

Un Ruben pédant, méprisant et vil qui joue de Daniel comme un chat d’une souris, ronronne auprès du ministre en le laissant faire comme chez lui et qui finit par miauler pathétiquement des arguments hautement risibles allant des droits de l’homme à l’amour de la culture africaine, pour défendre sa position. Sauf qu’on parle business et que l’Afrique est bien assez grande pour faire du business comme elle l’entend. Et que l’Europe occidentale n’est plus son seul, unique et indispensable partenaire. Loin de là.

En superposition à ce miroir civilisationnel, s’impriment les relations entre hommes et femmes, entre hommes blancs et hommes blancs, hommes noirs et hommes blancs, femme noire et femme blanche, et cætera. L’écrasé et petit Daniel se la joue propriétaire face à l’employée noire, Louise. L’invisible et muet gardien du portail, Panthère, devient l’incarnation de la puissance.

Cette pièce est magistrale, au sens littéral: portée de mains de maîtres (oui, au pluriel car les talents sont nombreux pour faire une pièce). On a rarement vu une telle excellence, une telle homogénéité. L’écriture, la mise en scène, le jeu de chacun des comédiens, tout est au diapason. "Botala mindele" est remarquable d’intelligence. Dégraissée, percutante et portée par un humour inattendu. Assurément un grand moment du théâtre francophone.

"Botala Mindele", de Rémi De Vos, mise en scène de Frédéric Dussenne, avec Valérie Bauchau, Philippe Jeusette,… Jusqu’au 14/10 par le Théâtre du Rideau installé au Théâtre de Poche, à Bruxelles. 02.649.17.27, www.poche.be. Puis du 17 au 21/10 à l’Atelier Théâtre Jean Vilar et du 24 au 28/04 au Théâtre de Liège. Durée : 1h45 sans entracte.

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